LOST PROJECTS – The Sinister Six


C’est l’histoire d’un film qui nous est passé sous le nez, comme ça, sans crier gare. Un film qui avait tout pour lui, et qu’on attendait sagement, comme une petite brise un soir d’été. Ce mois-ci, Lost Projects revient sur le destin de Sinister Six, fauché par une armée de hackers coréens et de décisionnaires un peu frileux. L’histoire d’un rendez-vous manqué. 

S’il y a bien une chose que l’on ne peut enlever à Spider-Man, et ce malgré les différents tâtonnements cinématographiques dont le personnage fait l’objet depuis quelques années, c’est l’incroyable richesse de sa mythologie. A l’image d’un Batman chez DC, l’univers du tisseur est pourvu d’un nombre ahurissant de personnages iconiques, en particulier du coté de ses ennemis.

Dès 1965, Les Sinister Six, équipe de super villains sans précédent dans le petit monde des comics, font leur apparition pour en découdre avec l’homme araignée. Fondée par le Docteur Octopus et composée à l’origine de Vulture, Electro, Kraven, Mysterio et Sandman, la team marquera de son empreinte l’univers Marvel, trouvant à chaque époque de nouvelles incarnations déterminantes pour son évolution. Quoi de plus naturel que de retrouver un jour cette dream team du mal débouler sur grand écran? Retour en 2013, c’est-à-dire hier.

Après le succès colossal de la trilogie Spider-Man de Sam Raimi, une clause de contrat impose à Sony Pictures de continuer à developper sa franchise sous peine de voir la poule aux oeufs d’or passer sous le pavillon d’un Marvel Studios alors en pleine bourre. En suivant leur ambition de créer un univers beaucoup plus large autour de Spider-Man, Sony développe une nouvelle saga en forme de retour aux sources (The Amazing Spider-Man) et annonce fin 2013 son intention d’étendre la licence avec deux spin-offs : Venom et The Sinister Six. D’entrée jeu, le studio réunit une équipe de scénaristes et de producteurs de choc (Alex Kurtzman, Drew Goddard, Avi Arad, Matt Tolmach) autour de Marc Webb avec pour objectif déclaré « d’étendre l’univers pour la marque et de développer une série de films avec une tonalité commune ».

Si Kurtzman est immédiatement envisagé pour écrire et réaliser Venom avec ses compères Jeff Pinkner et Roberto Orci (Fringe, Star Trek Into Darkness), c’est Drew Goddard qui aura la lourde tâche de lancer le projet Sinister Six et d’y insuffler le grandiose de ses précédentes productions (Cloverfield, World War Z). Malgré un accueil critique et public mitigé, The Amazing Spider-Man 2, qui introduit Electro (Jamie Foxx), Rhino (Paul Giamatti ) et Green Goblin (Dane Dehaan) dans le nouvel Spider-Man Universe, semble se présenter comme le tremplin idéal pour lancer le projet. De l’aveu même des producteurs, l’idée de Sinister Six a germé pendant le tournage du film de Marc Webb:

 » Nous nous sommes très vite aperçu que l’histoire et les personnages que nous avions mis en place avec Mark Friedberg répondaient parfaitement à cette idée d’univers étendu. En particulier notre vision d’Oscorp ».

Venom mis de coté, le projet Sinister Six supplante également dans l’esprit des décideurs The Amazing Spider-Man 3 qui était initialement prévu pour 2016. Andrew Garfield est toujours envisagé pour le rôle de Spidey et Drew Goddard est officiellement confirmé à l’écriture et à la réalisation. Les premières rumeurs de casting sont alléchantes. En plus des retours de Rhys Ifans (Lizard) et des bad guys du second volet, d’autres têtes d’affiches sont envisagés pour compléter l’équipe. Ainsi Tom Hardy et Joel Edgerton (Sandman) , Colin Firth (The Vulture), Chaning Tatum (Venom) sont respectivement approchés alors que Sean Penn est à deux doigts de signer pour le rôle déterminant du Doctor Octopus. Pour les éléments principaux du projet, on sait que le line-up le plus probable aurait été Green Goblin, Rhino, Vulture, Kraven, Mysterio et Doc Oc. Sandman, Lizard et Electro auraient quant à eux fait office de contrepoint dans le récit.

Selon toute vraisemblance, l’intrigue aurait été calqué sur la première mouture du comics pour l’origin story et sur le récent Superior Six pour son développement. Ainsi quelques bruits de couloirs ont fait état de la possibilité de voir le récit construit autour du « switch » entre Spider-Man et Octopus (l’esprit du Doc dans le corps de Spidey) donnant naissance au Superior Spider-Man. Tout se met donc en place pour que The Sinister Six devienne le blockbuster qui saura remettre la franchise Spider-Man dans le bon sens après les semi-échecs des deux précédents volets. Mais un événement sans précédent dans l’histoire des studios hollywoodiens va rebattre les cartes. Le piratage massif dont est victime Sony en novembre 2014, entraîne la diffusion sur des sites de téléchargement de quatre titres à forts potentiels (avec un manque à gagner de 100 millions $) et plus de 100 téraoctets de données confidentielles dérobées. Le projet est immédiatement gelé jusqu’à nouvel ordre. Et un autre événement consécutif de ce chambardement ne va rien arranger. Le retour du tisseur dans le giron de Marvel Studios après des mois de négociations entraîne de nouvelles orientations et la décision de rebooter une nouvelle fois la franchise. Rideau.

Le futur de Spidey est donc désormais indissociable de l’évolution de l’univers cinématographique Marvel. Et l’ampleur du succès de Spider-Man: Homecoming, premier film de l’UCM produit sans Disney depuis 10 ans, sera déterminant pour la suite des événements comme le confirme un Drew Goddard pas résigné pour un sou:

« C’était le Spider-Man grandiose et épique tel que j’en rêvais. Ma vision du film était celle d’un stand-alone complet. On prend Peter, on lui fait vivre son aventure et on le ramène chez lui. C’était important pour moi de faire un bon film sans se soucier de la mythologie ou d’une quelconque continuité. Et la bonne nouvelle, c’est que cela rend le projet encore faisable. On va attendre un an ou deux et on verra. »

Aux dernières nouvelles, le film est toujours dans les cartons et Sony semble déterminer à s’y accrocher. Excelsior !

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