LE DIVAN DES HÉROS: Wonder Woman


Salutations frères et sœurs guerriers, et bienvenue dans ce nouveau numéro du Divan des Héros, consacré à l’un des personnages les plus fascinants du monde des comics: WONDER WOMAN. Figure de la culture populaire depuis des décennies, elle est devenue l’héroïne la plus connue de la planète, permettant l’ouverture du monde très masculin des comics au féminisme, montrant qu’il n’est pas obligatoire d’avoir de gros bras pour botter des fesses!

Créé en décembre 1941 par l’écrivain Charles Moulton (de son vrai nom William Moulton Marston) et le dessinateur H.G. Peter, Wonder Woman apparaît pour la première fois dans All-Star Comics #8. Sa première apparition coïncide d’ailleurs avec l’entrée en guerre des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale (décembre 1941). Wonder Woman était à l’époque l’une des premières super-héroïnes et elle est certainement encore aujourd’hui la plus célèbre d’entre elles.

En ce qui concerne l’origine du personnage, il s’avère qu’en 1940, William Moulton Marston est conseiller éditorial pour la société All-American Publications, dirigée par Max Gaines. Lassé de voir le monopole des comics par les super-héros masculins, il crée une super-héroïne nommée « Suprema the Wonder Woman« . Gaines est intrigué par le concept, et donne le feu vert à Marston qui crée la série sous le nom de plume Charles Moulton. Bien que ce dernier ait la responsabilité de la création, le responsable éditorial Sheldon Mayer convainc l’auteur de ne garder que la seconde partie du nom. Le dessin est confié à H. G. Peter, artiste expérimenté, qui réalisera presque toutes les aventures de l’héroïne jusqu’en 1958.

Dans une interview de 1943 pour le magazine The American Scholar, Marston s’exprimait ainsi :

« Même les filles ne voudront pas être des filles tant que nos archétypes féminins manqueront de force, de vigueur et de puissance. Comme elles ne veulent pas être des filles, elles ne veulent pas être tendres, soumises, pacifiques comme le sont les femmes bonnes. Les grandes qualités des femmes ont été méprisées à cause de leur faiblesse. Le remède logique est de créer un personnage féminin avec toute la force de Superman plus l’allure d’une femme brillante et belle. »

Plusieurs éléments de la vie de l’auteur l’ont aidé à façonner son personnage: tout d’abord, Marston vécut une relation amoureuse très forte avec deux femmes. Sa femme, Elizabeth, et l’une de ses étudiantes Olive Byrne. Il est d’ailleurs probable que la discrimination que subit sa femme, rejetée lorsqu’elle voulut entrer à Harvard pour suivre des études de droit (car c’était une femme), fut une grande source d’inspiration pour la ligne directrice du personnage. Ces injustices sociétales ont forgé l’image de Wonder Woman, notamment l’idée de départ du personnage qui voulait que si elle était retenue captive par un homme, ses pouvoirs s’annuleraient, selon la « Loi d’Aphrodite« . Mais c’était une idée de départ car Marston pensait que la Première Guerre mondiale avait favorisé la notion d’égalité pour les femmes, et que la fin de la Seconde Guerre Mondiale verrait la disparition de la notion de « sexe faible ». En 1943, l’auteur dépeigna Wonder Woman se défaisant littéralement des chaines des « préjugés », de la « pruderie » et de la « supériorité masculine ».

 

Dans une autre interview de 1942,  Marston avait prédit comment la guerre changerait le rôle des femmes dans la société: « Je vous le dis, il y a de l’espoir pour ce monde. Les femmes l’emporteront. Donnez leur un peu de temps et la force nécessaire, elles mettront fin à la guerre et prendront le contrôle des affaires de la meilleure façon imaginable ». Jusqu’à sa disparition en 1947 (emporté prématurément par un cancer de la peau), Marston écrit quasiment toutes les apparitions de son héroïne, posant les fondations du personnage qui serviront pendant les quarante années suivantes.

À la création du personnage, le communiqué de presse précise : « Wonder Woman a été conçue par le docteur Marston dans le but de promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre l’idée que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes ».

Les origines de Wonder Woman sont étroitement liées à la mythologie grecque: Fille de la reine des Amazones Hippolyte, Diana, alias « Wonder Woman », naquit sur l’île de Themyscira, façonnée dans l’argile et amenée à la vie par Zeus. Au sein de cette société matriarcale isolationniste, Diana se forma à l’art de la guerre en ignorant tout du monde hors de l’île, pensant qu’il avait été ravagé par la guerre et la violence des hommes. Sa mère l’éduqua dans l’idée que le mal dont le monde souffre est dû à l’homme, qui pervertit et détruit tout ce sur quoi son regard se porte. Selon elle, les hommes furent si violents et avides de pouvoir qu’ils finirent par détruire leurs civilisations, et que Themyscira est le dernier paradis sur une terre ravagée par la mort. Paradis que fondèrent les Amazones après leur défaite face au demi-dieu Hercule, qui les attaqua afin de récupérer la ceinture de la reine Hippolyte, pour compléter l’un de ses douzes travaux.

Ce n’est que lorsque le colonel Steve Trevor, un pilote de l’armée américaine, s’écrasa sur l’île que Diana eut son premier contact avec le monde extérieur. Il expliqua à Diana et à sa mère que le monde était entré dans une guerre mondiale qui risquait de tout détruire. Les hommes n’étant pas admis sur l’île, la reine renvoya Trevor aux Etats-Unis sans attendre, mais étant inquiétée par la guerre dont parlait l’officier américain, elle envoya sa fille Diana à ses côtés pour être ambassadrice de sa civilisation en Amérique, tout en aidant les Etats-Unis, présentés comme la « dernière citadelle de la démocratie » du monde libre. Elle prend alors l’identité de Diana Prince, la secrétaire de Trevor, et commence à combattre le crime. Au fil des années, elle deviendra un membre fondateur et emblématique de la Société de Justice d’Amérique, puis de la Ligue de Justice d’Amérique. Elle formera au combat plusieurs générations de héros, tout en continuant de défendre les innocents contre les menaces de tout genre.

Mais Wonder Woman est plus qu’une simple justicière: elle est, à l’instar de Superman, l’incarnation de la justice, mais aussi de la fureur guerrière et de l’abnégation. Son parcours militaire sur Themiscyra, ainsi que les différentes aventures qu’elle a vécu de par le monde ont forgé un caractère d’acier, juste et plein de compassion pour l’humanité.

 

Une volonté de fer. Voilà qui définit parfaitement ce personnage. Cela s’explique majoritairement par le fait que Wonder Woman est une Amazone: dans la mythologie grecque, les Amazones étaient à l’origine issues de l’union d’Arès (le dieu de la guerre) et de la Nymphe Harmonia. C’était un peuple de femmes guerrières vivant dans une plaine proche du fleuve Thermodon, qui prend sa source dans les hautes montagnes de l’Amazonie, et là, elles formèrent trois tribus qui fondèrent chacune une cité. Elles ne reconnaissaient de filiation que par la mère et l’une des anciennes avait instauré une règle qui astreignait tous les hommes à faire les tâches domestiques, tandis que les femmes combattraient et gouverneraient. En conséquence, on brisait les bras et les jambes des enfants mâles ou on les rendait aveugles afin de les rendre inaptes à la guerre ou aux expéditions. Ces femmes, que les Scythes appelaient Oeorpata, ne respectaient ni la justice ni la pudeur, de plus elles se mutilaient un sein pour ne pas être gênées quand elles tiraient à l’arc. En soi, une telle mutilation de ce but précis demandait beaucoup de volonté et de concentration, ce qui différenciait ce peuple de guerrières en comparaison aux autres peuples de l’antiquité (mis à part peut être Sparte et sa société centrée sur la guerre). Elles étaient célèbres pour leur nature guerrière, et elles furent les premières à utiliser la cavalerie.

Wonder Woman est la championne des Amazones, la guerrière la plus aboutie sur le plan physique, intellectuell et tactique. Sa formation en tant que guerrière, et de surcroît princesse des Amazones, fait que Diana possède une volonté de vaincre et une concentration bien supérieure à celle d’une personne normale. Elle ne fuit jamais un combat, se bat toujours pour une cause même si elle semble perdue, et s’opposera toujours aux oppresseurs et aux tyrans pour défendre les innocents. Cette volonté lui a valu plus d’une fois des tensions sur la scène des relations internationales, car elle interféra dans des conflits entre nations, influençant fortement l’issue, peu importe les positions des gouvernements des camps respectifs.

Dans le film Justice League: Doom sorti en 2012, ont trouve un exemple parfait de sa volonté: Lorsque Vandal Savage, un criminel immortel, réunit une équipe de super-vilains afin de mettre à mal la ligue des justiciers, il expose son plan en décrivant des attaques très spécifiques contre chaque membre de la ligue, se concentrant sur leur faiblesse (Batman le traumatisme de la mort de ses parents, Superman sa compassion, Green Lantern sa peur de l’échec, etc…) à chacun. Cheetah, némésis de Wonder Woman, l’attaque un énième fois en prétextant pouvoir la battre. Diana tombe dans le piège et se bat contre elle mais elle se fait griffer à un moment. Et c’est là que le piège s’enclenche: Cheetah avait trempé ses griffes dans une substance contenant des nano-robots qui se fixent sur le tronc cérébral de l’Amazone, provoquant chez elle des hallucinations. D’un coup, Diana voit des dizaines de Cheetah autour d’elle mais c’est une hallucination, que le poison fait apparaître avec l’allure de Cheetah. Wonder Woman n’étant pas du genre à reculer, elle continue à se battre jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que Cheetah réussisse à la faire mourir d’une syncope. Sa volonté est donc bien sa plus grande force, mais aussi peut apparaître comme sa plus grande faiblesse.

 

L’abnégation est une part importante de la personnalité de Diana. La capacité à se sacrifier, à mettre l’intérêt d’autrui avant le sien. C’est une valeur qui s’accorde parfaitement avec le sens de la justice et la ténacité du personnage. Elle est prête à mettre sa vie en danger afin de sauver celles d’innocents et de ses coéquipiers. C’est une des valeurs militaires les plus importantes depuis l’antiquité jusqu’à aujourd’hui: le sacrifice de soi.

 

En plus de sa formation militaire, Diana possède des accessoires et des pouvoirs qui lui permettent de foncer vers le danger sans crainte: ayant été amenée à la vie par Zeus, elle possède une peau quasi-indestructible, lui permettant de résister aux impacts de balles ou de missiles. De plus, elle possède deux bracelets magiques, forgés par Héphaïstos (le dieu grec des forgerons), dont elle se sert pour parer les balles, les missiles, les lames ou encore les rafales d’énergies. Ces bracelets, cumulés avec son statut de championne des Amazones, elle est quasiment imbattable en combat. Elle possède par ailleurs un « lasso de vérité« . Il semblerait, d’après les origines que l’on retrouve dans le comics, que le lasso ait été forgé de la ceinture magique d’Aphrodite qui fut léguée à la reine Hippolyte par la déesse. Afin de faire le lasso, le dieu Héphaïstos emprunta la ceinture de l’Olympe, en retira les liens et s’en servit pour créer le lasso. Il est incassable, infiniment extensible et a le pouvoir de faire obéir ceux qui en sont encerclés, et plus particulièrement de leur faire dire la vérité. Afin de créer le lasso, Marston s’est inspiré d’une de ses dissertations de recherche datant 1921, sur les symptômes physiques du mensonge et de la tromperie. ce qui est intéressant et peu connu, c’est que Marston créa en 1922 le test de pression sanguine systolique, ce qui amènera plus tard à la création du détecteur de mensonge. Ce détecteur s’est mu en un lasso doré indestructible dans les aventures de l’Amazone, dès 1940.

 

Bien que Wonder Woman soit semblable à bon nombre de héros sur de nombreux points, notamment Superman, elle sort de l’archétype du super-héros moderne sur un point: elle tue ses ennemis lorsqu’elle le juge nécessaire. Le fait qu’elle soit une guerrière née y joue pour beaucoup: à l’instar des Spartiates, les Amazones ont été formées à aller jusqu’au bout, à dominer l’ennemi, le vaincre et ne jamais se rendre. Lorsqu’elle rencontra Superman, elle eut beaucoup de mal à comprendre sa règle du « on ne tue pas », jugeant que faire preuve de clémence avec des criminels dangereux en les laissant vivre était une preuve de faiblesse. Déterminée à faire le bien et à agir en accord avec la vision de l’homme d’acier (en qui Diana voit un leader du monde libre, un guide), elle ne tue plus ses ennemis, mais parfois cela s’avère impossible. Lors de l’arc Infinite Crisis qui eut en 2005-2006, Diana s’oppose à Maxwell Lord (un super-vilain télépathe) et à Superman, et en vient à comprendre que le second est mentalement contrôlé par le premier. Batman est alors grièvement blessé par Superman. Même si Diana peut battre Superman, elle comprend qu’il n’y a qu’un moyen de mettre fin à ce duel fratricide : tuer Maxwell Lord. Sachant qu’elle n’a malheureusement pas d’autre choix, elle lui brise le cou. La scène est relayée sur de nombreuses télévisions dans le monde entier (effet, à l’avance, orchestré par Lord). Malgré son acte qui les a sauvés, elle est désavouée par Superman et par Batman; une crise de confiance s’ensuit donc entre les trois amis. Malgré cela, elle se joint aux autres héros pour combattre les protagonistes qui ont engendré l’Infinite Crisis après avoir aidé et combattu aux côtés des Amazones de Themyscira. À la fin de l’Infinite Crisis, Diana, Bruce et Clark décident de se retirer pendant un an. Pour Diana, c’est avant tout une manière de se « ressourcer » et de reconsidérer son rôle en tant que Wonder Woman. 

On peut penser que dans la trinité que représente Batman, Superman et Wonder Woman, seule cette dernière à le cran de faire ce qui est nécessaire. Mais c’est plus compliqué que cela, car Batman chasse les criminels et croit profondément en la justice pour ne pas la faire lui même, de peur de devenir l’un de ceux qu’il pourchasse. Quand à Superman, il croit profondément en la beauté de la nature humaine,  dans le fait qu’une personne peut s’égarer ou trébucher sur le chemin de la vie, mais que cela ne signifie pas qu’elle est perdue.

Mais pour Wonder Woman, les demi-mesures sont en soi des défaites, car dans sa vision des choses, le monde est noir ou blanc, jamais gris. C’est ce qu’elle a appris depuis son enfance. Un criminel selon elle devrait être neutralisé définitivement et ne jamais avoir la chance de pouvoir recommencer ses méfaits. Elle incarne dans un sens la Loi du Talion: « Œil pour Œil, Dent pour Dent ». cette loi est une des premières lois de l’humanité, écrite dans le code d’Hammurabi il y a près de 4000 ans. Elle était censée instauré de l’ordre dans la société pour que les gens ne se fassent pas justice eux-mêmes.

Dans le film d’animation Justice League: The New Frontier sorti en 2008, il y a une scène qui illustre parfaitement la vision de l’Amazone: l’histoire se passe en Indochine en 1958, lors de la guerre qui opposa les forces françaises aux rebelles. Superman, survolant le pays, aperçoit un village avec de nombreux rebelles morts. Entendant des éclats de voix venants d’une maison, il découvre les femmes du village célébrant en compagnie de Wonder Woman. Demandant une explication à Diana pour les morts à l’extérieur, elle lui explique qu’elle découvrit ce village quelques jours auparavant. Les rebelles avaient tués les hommes du village et emprisonné les femmes, car les habitants avaient aidé les français durant le conflit. Wonder Woman désarma les hommes, puis libéra les femmes et leur donna le choix du sort des hommes. Elles les tuèrent sans hésitation. Superman interpelle Diana en lui disant que c’est à cause de ce genre de comportement que les gens ont peur d’eux, et que le gouvernement a demandé leur dissolution. Wonder Woman lui répond: « je leur ai offert la liberté et une chance de rendre justice. Le rêve américain en somme. » Même si elle n’a pas tué ces hommes, Diana savait qu’en offrant une chance à ces femmes de se venger, elles la saisiraient. C’était sa volonté que justice soit faite, car elle ne pouvait se résoudre à laisser un tel massacre impuni, et une victime se vengeant de son oppresseur est selon elle une forme de justice.

 

Wonder Woman est donc un personnage à la fois simple et très complexe: elle doit sans cesse faire des compromis entre la vision du monde qui lui vient de sa vie sur son île de Themiscyra, et le monde actuel qui est plein de nuances et de dangers. Elle est le pont entre deux époques, celle de l’antiquité et de ses origines, et celle du monde moderne et de son devoir d’héroïne. Elle reste  une des championnes de la justice, luttant jusqu’à son dernier souffle pour protéger la vie des autres. Aujourd’hui, après avoir détrôné Arès, elle est la nouvelle déesse grecque de la guerre, ce qui implique de ressentir toute la violence du monde, car le dieu de la guerre se nourrit des combats et de la violence, de la haine. Ce nouveau titre ne l’aide pas à faire preuve de tempérance avec ses ennemis, devenant un peu plus sombre et agressive dans le combat.

Wonder Woman a toujours été pour moi un symbole de justice et de liberté. Elle est la personnification de la femme forte et indépendante, qui est capable de vaincre n’importe quelle épreuve. Elle fut créée à une époque où la vision de la femme était toujours très précaire, rabaissante et soumise à l’homme. C’était un pari risqué de créer un tel personnage à l’aube de la seconde guerre mondiale, mais Marston a su conquérir le cœur des lecteurs. Aujourd’hui, elle est toujours le symbole de la femme forte, devenant une icône planétaire comme Superman. La vision de la féminité que les femmes, et notamment les petites filles ont, a évolué très fortement ces 40 dernières années. Il est plus que probable que ce personnage a contribué à cette évolution. Wonder Woman continue désormais de veiller sur le monde, défendant les innocents et ceux qui ne peuvent se défendre seuls. Je crois que la citation d’Edmund Burke, homme politique et philosphe Irlandais du XVIII ème siècle, résume assez bien le personnage selon moi:  » Il suffit que les hommes de bien ne fassent rien pour que le mal triomphe. »


A propos de Max Chauvineau

L'un des deux éditeurs à la tête de l'équipe française de L'Univers des Comics, Max vous donne rendez-vous chaque mois dans sa chronique, "Le Divan des Héros"

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