COUP DE COEUR COMICS: Russian Olive to Red King


Au travers de cette chronique, j’aimerais vous présenter certaines lectures qui ont retenu mon attention, j’aimerais vous donner l’envie de les découvrir, vous donner l’envie d’essayer ces saveurs parfois très éloignées de vos appétences habituelles. A l’instar des goûts culinaires, le plaisir d’une lecture ne s’explique pas toujours, cela reste une appréciation personnelle  : certains l’aiment épicée, d’autres raffinée et d’autres encore juste roborative. C’est donc en habits de commis de cuisine que je vous proposerai des oeuvres récentes sorties des cuisines anglo-saxonnes avec l’intime espoir qu’elles vous mettent en appétit et que vous réclamiez la recette…

 

                                                                              

L’oeuvre que je vous propose aujourd’hui s’intitule Russian Olive to Red King parue originellement chez AdHouse Books et publiée en version française aux éditions Akileos. Aux commandes de ce comics nous retrouvons Kathryn Immonen au scénario et son dessinateur de mari Stuart Immonen. Ce couple canadien n’est pas inconnu du grand public puisqu’il collabore depuis une décennie avec les grandes maisons d’éditions américaines. Stuart travaille tantôt chez DC Comics sur des projets tels Superman: Secret Identity, Superman: End of Century ou encore Legion of Super-Heroes ; on le retrouve également à la Maison des Idées sur les planches de Hulk, Thor, All-New Captain America, Ultimate Fantastic Four écrit par Warren Ellis ou encore Ultimate X-Men en collaboration avec Brian Vaughan. De son côté, Kathryn oeuvre régulièrement pour Marvel notamment sur la saga Journey Into Mystery,  ou sur les séries Avengers: Revelations et X-Men: New Mutant. A côté de ces travaux, le couple a pris l’habitude de se rejoindre sur des oeuvres plus intimes mais aussi plus confidentielles ce qui est le cas avec Russian Olive to Red King  :

Ce comics retrace l’ultime étape de la relation entre Olive, une journaliste-essayiste Russe, et Red, critique d’art en proie aux vertiges de la page blanche. Tandis qu’Olive se rend sur le terrain de ses recherches, son avion s’écrase la laissant seule au milieu de l’immensité glaciale des plaines russes. Alors qu’il doit remettre son travail à son éditeur, Red est sujet aux doutes et aux angoisses les plus noires. Elle s’accroche à la vie avec l’énergie du désespoir, il coule comme lesté de plomb dans les abîmes de son être et le néant de sa vie.

 

Ce récit court puise sa force dans l’utilisation de deux media puisqu’après la partie dessinée, le dernier chapitre est du roman. L’un et l’autre pas nécessairement lié, l’un et l’autre pas nécessairement chronologique. Ces deux parts ensemble, nous proposent une réflexion à la fois identitaire au travers de notre histoire familiale, des péripéties de la vie et de la manière dont le héros peut se dépêtrer de ce fardeau personnel. L’oeuvre aborde également la quête de l’identité artistique qui, dans ce cas, est l’unique alternative de survie. Enfin, le dernier thème aborde la quête de l’amour : que faire quand l’amour de votre vie a disparu, combien de temps pouvez-vous vous accrocher à l’espoir de son retour ? Comment parvient-on à faire son deuil ?

Si la narration est peu bavarde, l’émotion surgit du dessin et du découpage. En effet, si les traits sont appuyés et anguleux, ils sont mis en avant dans des cases plus dépouillées. Les larges aplats de couleurs participent largement à rendre le dessin plus léger et créent subtilement une succession d’ambiance qui font écho aux destins des personnages. Enfin, le découpage de planches est particulièrement soigné, il met en exergue le dialogue entre les protagonistes et assure une fluidité narrative qui permet au lecteur de s’investir d’avantage émotionnellement. Tout cela donne une ambiance mélancolique où la lutte contre les éléments intérieures et les forces de la Nature sont irrémédiablement dramatiques. Les amateurs de littérature russe et de Tchekhov en particulier (abondamment cité) seront dans leur élément.

                             

Avec ce roman graphique, les auteurs nous emmènent sur le chemin du questionnement artistique (l’art est-il la dernière frontière de la vie de l’Homme ? Faut-il nécessairement être border-line pour parvenir à créer?) mais aussi amoureux (la peur de l’abandon sous quelque forme que ce soit) au travers d’un récit simple (mais pas simpliste) rendu riche par sa justesse graphique, ses silences qui laissent place la réflexion et son découpage qui soulignent cette dualité d’énergie dans laquelle vivent les personnages.

J’espère que cette présentation vous a donné l’envie de goûter à ce récit ; dans tous les cas, n’hésitez pas à me donner votre avis sur celui-ci, je me ferai un plaisir d’échanger avec vous.

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