CULTURE FLASHBACK : The Phantom


Il y a certains secrets qui sont voués à rester bien gardés. Non pas que leur existence dérange, mais il émane de leur silence un petit quelque-chose de suspect. Pour Halloween, Culture Flashback vous invite au détour du fleuve, à la rencontre d’un esprit malade. Welcome to the jungle.

 

« You’re not immortal. I know your secrets, Phantom. » The Great Kabai Sengh

 

Après les méga-succès des Batman de Tim Burton, les comics deviennent subitement the next big thing  à Hollywood et tous les majors se ruent sur les droits des serials à fort potentiel commercial. Pas échaudé pour un sou par les échecs successifs de The Rocketeer  (1991) et The Shadow (1994), Paramount se lance en 1995 sur l’adaptation de The Phantom, l’un des plus vieux super héros de l’histoire.

Crée par Lee Falk en 1936, The Phantom est personnage à mi-chemin entre Tarzan et Batman (oui c’est possible), arrivés respectivement avant et après lui. Le strip, publié quotidiennement au départ puis de manière hebdomadaire ensuite, connaîtra un succès démentiel dans les bookstores américains puis dans le monde entier (la première publication française date de 1938 !) et popularisa le combo masque-costume moulant pour toutes les générations de super qui suivront.

Le comics prend place dans la jungle du Bengala, pays fictif d’Afrique, et suit les aventures du Fantôme, incarnation de la légende de « l’ombre qui marche ». Mythe séculaire, le justicier a la particularité d’être incarné au fil du temps par les différentes générations d’une même lignée, les Walker, de Christopher au 16ème siècle jusqu’à Kit à l’aube du 20ème. La BD met fréquemment en scène les aventures des Fantômes du passé, ce qui en fait un impressionnant vivier d’histoires originales et référencées, peuplé de pirates, de sociétés secrètes, d’artefacts et de monstres exotiques.

 

Wincer is coming

 

La première chose qui frappe quand on repose les yeux sur The Phantom, c’est son aspect incroyablement cheesy. Beaucoup plus proche d’un Indiana Jones (dont il partage le scénariste) que de Batman, le film déroule son programme avec un sens de l’autodérision assez incroyable. Couleurs criardes, jungle en plastique et cavernes en carton, la reconstitution des années 1930 par l’homme-enfant Simon Wincer (Free Willy, Crocodile Dundee III), à des allures de fête du slip et les personnages semblent prendre un malin plaisir à y évoluer.

A ce jeu-là, Billy Zane fait ici office de vainqueur toute catégorie dans le rôle-titre. Moulé a mort dans un costume violet du plus bel effet (hum), le futur salaud de Titanic déploie avec bonheur toute la panoplie du héros infaillible : répliques monosyllabiques, poses de bonhomme (avec ou sans cheval blanc), et galanterie exacerbée à l’égard des love interests (Kristy Swanson ou Catherine Zeta Jones, choisis ton camp camarade).  La performance est belle, presque assez pour nous faire oublier que Bruce Campbell avait initialement été choisi pour le rôle. Presque.

Pas en reste coté bad guy, le film nous livre un Xander Drax (Treat Williams) au cordeau, gangster au sourire carnassier et à la moustache frétillante sans cesse à l’affut pour sublimer sa (non)science. Son obsession pour les crânes magiques de Touganda, mcguffins du récit, le rend par ailleurs assez délectable et lui offre les meilleures répliques (“Where’s your spirit of adventure? »).

 

Purple rênes

Le film n’est d’ailleurs pas exempt de réelles bonnes idées comme la séquence d’ouverture qui pose l’origin story du héros à travers un court métrage assez détaché du reste, ce qui a pour effet d’introduire les enjeux du récit de manière très élégante et efficace, ou comme la scène du pont, miroir inversé de la fin de Temple of Doom, avec une mise en tension et un désamorçage aussi brutal que jouissif. Du cinéma d’économie et d’invention qu’on aurait voulu plus présent sur la totalité du métrage.

Sans tomber dans le WTF complet, la faute à des scènes d’actions pantouflardes et pas vraiment drôles, The Phantom distille un doux parfum d’absurde et de candeur tout au long de ses 92 minutes, et ce de manière tout à fait consciente. Comme un enfant qui viendrait de découvrir qu’il peut tirer la langue à tout va, le ton d’irrévérence du métrage le sauve de la cagade auquel il était assez logiquement promis.

Très largement oublié du plus grand nombre, The Phantom peut s’appréhender aujourd’hui comme un membre éminent d’une interzone, celle des semi-classiques nineties un peu foirés, tout comme son frère jumeau maléfique : The Shadow.

Promis les enfants, on en reparle bientôt.

THE PHANTOM, de Simon Wincer (1996). Avec Billy Zane, Catherine Zeta-Jones, Kristy Swanson, Treat Williams.

 

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