LE DIVAN DES HÉROS: Mr Freeze


Bonjour à toutes et bonjour à tous! En ce mois de novembre où l’été tardif que nous avons eu est bel et bien révolu, et que les températures ont chuté drastiquement, quoi de mieux pour nous réchauffer qu’un nouvel épisode de votre chronique psychologique préférée ? Et, en ce Villains Month de L’Univers des Comics dans lequel vous avez pu dernièrement découvrir le webcomic True Villains (Les Webchroniques des Webcomics), qui de mieux pour faire fondre nos cœurs et nos esprits que l’homme qui maîtrise le zéro absolu : Mister Freeze!

Le personnage de Victor Fries, a.k.a Mr Freeze, est né de l’imagination de Bill FingerSheldon Moldoff et Dave Wood en 1959. Il a fait son apparition dans l’univers du chevalier noir dans le Batman #121. A l’origine, Fries a été créé comme un super-vilain de seconde zone, principalement utilisé comme élément comique et son nom était Mr Zero. Victor Fries était alors un scientifique travaillant sur la formule d’un liquide super-réfrigérant dans le but de créer un pistolet congelant, lorsqu’il fut exposé à celui-ci par accident. Il se construisit une combinaison lui permettant de survivre à des températures non-glaciales, recruta un gang et commença à commettre des méfaits dans Gotham City. Il fut rapidement confronté à Batman & Robin, le duo dynamique, et sortit vainqueur de cet affrontement, nos deux héros n’ayant pas réussi à faire face à son pistolet congelant. Apprenant les plans de Zéro et de son gang, Batman et Robin réussirent à l’arrêter en brisant une conduite d’eau chaude dans son repaire, et en démantelant son costume. Fries revint à sa vie de méfaits par la suite, prenant le nom de Mr Freeze et continuant ses crimes dans Gotham et Métropolis. Il finit par tomber amoureux d’une femme nommée Hildy, et Fries chercha à ralentir son vieillissement. Il essaya de recréer l’accident qui l’avait transformé, et testa son expérience sur des citoyens innocents de Gotham. Ce fût un cuisant échec, ses cobayes devenant des zombies gelés qui suivaient ses ordres. Batman réussit à le vaincre seulement lorsque Hildy montra ses véritables intentions et le trahit.

Mais le personnage a connu plusieurs évolutions de son origine et de sa personnalité : dans Batman, la série animée, il a été complètement revu. Le personnage a désormais une origine tragique et une personnalité plus complexe. Cette nouvelle incarnation a eu un succès énorme sur les fans, et la version du comic a été modifiée pour y correspondre. C’est un des rares exemples dans l’univers super-héroïque où l’histoire du personnage a été modifiée à partir d’une adaptation télévisuelle et non à partir du comic en lui-même.

Victor Fries eut une enfance assez difficile : ses parents étaient des gens froids et durs, ne faisant preuve d’aucune empathie envers lui, son père étant un obsédé du contrôle violent. En réponse à ce comportement, Victor chercha une échappatoire à cette ambiance familiale très toxique, et lorsqu’il découvre le monde du froid et la cryogénie, il développa une passion pour congeler les animaux qu’il trouvait. Horrifié par la découverte de ce « hobby », ses parents l’envoyèrent dans un pensionnat où il se sentit plus que jamais misérable, se détachant peu à peu de l’humanité. Lorsque le temps des fêtes arriva cette année-là, Victor découvrit que ses parents le déshéritèrent. Pour eux, il n’était rien de plus qu’une honte, un mauvais souvenir que l’on cherche à enterrer, et il ne revit jamais ses parents depuis.

Une version alternative de son enfance fût présentée dans le run The Court of Owls, écrit par Scott Snyder et dessiné par Greg Capullo. Cet arc, composé de 7 numéros et paru en 2011, décrit l’affrontement entre Batman et une société secrète criminelle qui gère Gotham depuis de sa création : La cour des Hiboux. Ce run est intéressant car il montre évidemment l’affrontement entre le chevalier noir et la cour, mais aussi comme cela impacte la ville de Gotham et la communauté des héros et méchants. Après un flashback où l’on voit que c’est Bruce Wayne qui est à l’origine de la transformation de Freeze (il le vire en personne de Wayne Enterprises et Fries, fou de colère, lui lance une chaise qui touche une bonbonne cryogénique, le transformant biologiquement à jamais), un autre flashback offre un souvenir de son enfance: Victor et sa mère vivent dans le Nebraska, et se rendant à un concours de bonhomme de neige, les deux décident de franchir un lac gelé. La glace sous les pieds de sa mère, qui tombe dans les eaux glaciales du lac. Lorsqu’elle refait surface, le froid l’a préservée, mais elle est paralysée et elle est confuse, elle semble avoir perdu la mémoire. Celui-ci l’embrasse, lui dit de se reposer, et la pousse dans le lac.

Lorsqu’il fût à l’université, Fries était devenu un homme d’un naturel froid et distant, ne ressentant pas d’émotions vis à vis de lui ou des autres. Il était persuadé qu’il ne ressentirait jamais plus la moindre émotion. Puis il rencontra une athlète accomplie magnifique, Nora, qui fit fondre l’épaisse couche de glace qui entourait son cœur, et Victor en tomba fou amoureux. Il se marièrent peu de temps après la fin de l’université, et Fries obtint un poste d’enseignant sur la cryogénie dans une petite université. Par la suite, il devint un savant respectable, ainsi qu’un expert reconnu en cryogénie. Victor était alors heureux.

Mais malheureusement, son bonheur fût de courte durée : Nora tomba gravement malade, développant un cancer d’une condition très rare. Ne trouvant pas de remède, il décida de la cryogéniser afin de la préserver en attendant qu’il trouve un moyen de la guérir. Il travailla alors pour la compagnie de Ferris Boyle. Victor utilisa illégalement l’équipement de la compagnie pour préserver sa femme. Lorsque Boyle l’apprit, il envoya des hommes de mains pour débrancher l’appareil de Nora, mais Victor Fries s’y opposa. Suite à l’altercation, Fries fût poussé dans des produits chimiques qui transformèrent son corps. Après cet accident, Victor Fries perdit la capacité de survivre dans un environnement au-dessus de 0°C. Il chercha ensuite à se venger de Boyle, mais Batman intervint. Durant le combat qui s’ensuivit, Mr. Freeze tira avec son fusil de glace sur la capsule de Nora. Celle-ci se brisa, ce qui tua sa femme. Mr Freeze tint Batman pour responsable de la mort de Nora et jura de se venger en détruisant ce qu’il veut protéger : Gotham City. 

Dans Batman la série animée, le corps de Fries finit par se désagréger.  Il ne lui reste plus que sa tête qui se déplace soit grâce à son costume, soit grâce à des pattes arachnéennes qui se déploient à la base du cou. À cause de cette dégradation corporelle, il n’est pas allé voir sa femme quand elle fut guérie. Cette dernière, lassée d’attendre Victor, finira par se remarier. Dans Batman, la relève, la tête de Fries,  enfermée vivante durant 50 ans, est libérée. Lorsqu’on lui offre la possibilité de participer à une expérience pour redevenir humain, Victor accepte. Il décide également d’utiliser l’argent qui était resté sur un compte en banque et dont les intérêts ont couru depuis son incarcération, pour dédommager autant que possible ses anciennes victimes. Cependant, l’expérience finit par échouer et Victor redevient Mister Freeze, en quête de vengeance face à ceux qui lui promettaient une nouvelle vie et qui ont tenté de le tuer. Lassé de la tristesse de sa vie, il se donnera la mort. Une origine alternative se trouve aussi dans la série Batman, Victor Fries est un cambrioleur qui, à la suite d’un accident dont Batman est responsable, est plus ou moins cryogénisé. Il se relève, ni mort ni vivant, utilisant ses pouvoirs pour ses propres intérêts.

Au niveau des sources ou mythes duquel le personnage s’est inspiré, on peut trouver quelques points communs avec des mythes anciens ou contemporains. Mais gardez bien à l’esprit que tout ce qui sera dit dans cette section n’est que de la pure spéculation de ma part, essayant de raccrocher le personnage à quelque origine folklorique. Le qualificatif principal de Freeze est bien évidemment le froid, mais que symbolise le froid en fin de compte ? La mort, le ralentissement, la crainte. La lutte contre le froid a souvent été considérée comme une lutte entre la vie et la mort, entre le mouvement et l’immobilité. Plusieurs mythes du monde entier font des légendes sur des monstres du froid affrontant des dieux ou des héros.

Dans la mythologie nordique, Yggdrassil (l’Arbre Monde) est un chêne aussi vieux que la création, portant sur ses branches les neufs royaumes du monde. L’un de ces mondes, Jotunheim, est un désert de glace où les géants du froid règnent en maître. Bien que ces derniers aient aidé les Ases (dieux) à construire leur forteresse d’Asgard, ils sont désormais en guerre contre les dieux et cherchent à détruire le monde divin. Ici donc, les dieux symbolisent la pérennité et la défense de la vie, alors que les géants de glace cherchent à la détruire, congelant tout ce qu’ils touchent. Cela vous rappelle-t’il quelqu’un ?

Dans le folklore breton, l’Ankou est le serviteur de la mort, chargé de récolter ceux qui sont morts. Dépeint comme un homme très grand et squelettique aux cheveux blancs très longs, il arpente les campagnes en pivotant sa tête dans tout les sens, pour être sur que rien ne lui échappe. Il est monté sur une charrette grinçante lestée, qui est tirée par deux chevaux. Malheur à celui qui entend ou croise son chemin : cela est un funeste présage pour un de ses proches. Il est précédé d’un froid glacial, annonçant qu’il arrive pour exécuter ses basses besognes et emporter un pauvre malheureux. Encore ici, le froid est lié à la mort et à la punition.

Dans l‘Enfer de Dante Alighieri, le poète Virgile guide Dante dans l’enfer pour accéder au purgatoire puis au paradis, afin de rejoindre la bien aimée de ce dernier. L’enfer est décrit comme un puits très profond (formé par la chute de Lucifer du paradis), et est composé de plusieurs cercles appelés Bolges, où les mauvaises personnes sont jugées puis châtiées en fonction de leur crime. Plus nos deux héros descendent profondément, plus la gravité des crimes augmente. Le dernier cercle, où est enfermé Lucifer dans un lac de glace, est réservé aux traîtres ultimes, tel que Judas Iscariote. La punition ultime, pour les pires crimes du monde, est donc d’être gelé pour l’éternité. Le froid comme souffrance ultime, comme punition éternelle dans la mort. Le froid comme synonyme de la fatalité.

La symbolique du personnage de Mister Freeze est donc très liée à la mort et la fatalité, si on prend le pendant mythologique et symbolique du froid. Une force de la nature fatale, patiente, qui s’insinue lentement jusqu’à tout nous enlever. Mais qu’en est-il de ses capacités et de sa psychologie ? Son esprit correspond-il parfaitement à la symbolique à laquelle le personnage se rattache ? Voyons tout d’abord ses pouvoirs.

Les capacités de Mr Freeze sont bien évidemment liées au froid : son accident a profondément modifié sa structure physiologique, conférant à ses cellules la capacité de capter et de garder le froid au delà d’une capacité normale. Le pendant négatif de cela étant que Freeze ne peut désormais plus supporter des températures chaudes, ou tout simplement au dessus de zéro. Afin de palier à cela, il se construisit un costume supra-réfrigérant, en se basant sur ses recherches, qui maintient son corps à une température très basse. Ce costume est fermé hermétiquement par un casque, lui permettant de ne pas ressentir l’environnement ambiant, ce qui pourrait le tuer. Le fait que son corps reste à une température très basse a pour effet de tripler sa force physique et sa résistance.  Fries construisit également un canon cryogénique qui gèle a des températures extrêmement froides tout ce qui passe dans son rayon d’action.

 

Psychologiquement parlant, on considère souvent Mr.Freeze comme un monstre dénué d’émotions et d’empathie pour son prochain. C’est un peu plus complexe que ça : Freeze souffre de trouble de la personnalité schizoïde, c’est à dire un désintéressement total pour tout ce qui est interaction sociale. Il éprouve des difficultés à nouer des liens sociaux, et le plus souvent ses loisirs, son activité professionnelle, sont solitaires et indépendants. A ne pas confondre avec la schizophrénie, qui est un trouble mental se manifestant par un dédoublement de la personnalité. D’autres personnages de l’univers DC souffrent de troubles schizoïdes, le plus connu étant Batman lui-même.

Ce trouble prend sa source, comme on l’a vu, durant son enfance troublée, où l’abandon de ses parents et sa vie au pensionnat l’ont fait s’éloigner petit à petit de l’humanité. Victor s’est réfugié dans la science et dans sa passion pour le froid. Il n’est en apparence pas touché par les marques de sympathie ou d’affection et n’exprime pas ses émotions, d’où une image de froideur, de distance, d’apathie. Mais il ressent des émotions, et peut être touché par d’autres. On a un exemple de cela dans Batman: Subzero : Fries se montre capable de sentiments envers un jeune inuit de 12 ans, Kunak, le prenant sous son aile et lui apportant de quoi manger. Lors d’une opération sur une plateforme pétrolière, il dira à Batman de mettre à l’abri le petit et sa femme, avant que la plate-forme pétrolière n’explose. Ce sont les deux personnes pour lesquelles Freeze a été capable de sentiment.

Une autre théorie intéressante est que Freeze pourrait souffrir d’une forme d’autisme léger, le rendant incapable d’agir en société, d’où son comportement très solitaire. L’autisme pourrait effectivement expliquer pourquoi il a du mal à se connecter à autrui, et qu’il est très solitaire. Mais cela reste une théorie.

Il souffre également de troubles obsessionnels compulsifs, notamment pour tout ce qui concerne sa quête d’un traitement pour sa femme Nora. Il faut bien avoir en tête que tout ce que fait Freeze, bon ou mauvais, a pour unique but de trouver un remède pour le cancer de sa femme. D’apparence sans émotions et froid, Fries est profondément amoureux de sa femme, et il fera tout pour la sauver. Elle est la seule personne à l’avoir accepté tel qu’il est, et à avoir touché son coeur. Son instabilité sociale lui fait oublier la ligne entre le bien et le mal, et c’est pour cela qu’il s’en prend à tout ceux qui se mettent en travers de son chemin. Peut importe les moyens utilisés, seul compte sa femme, et guérir son cancer. Nora est son monde, c’est pour cela que tout le reste n’a aucune importance à ses yeux. Il n’est pas fondamentalement mauvais, simplement inconscient de la moralité de ses actions. Mais la souffrance liée à la condition de sa femme provoqua chez lui un ressentiment très fort vis à vis de l’arrogance et de l’avidité de l’humanité, lui permettant de ne pas se soucier de ceux qui sont blessés dans sa quête. Fries est la personnification de la désillusion provoquée par le chagrin: la perte de Nora poussa Fries à vouloir faire partager son angoisse au monde, pour que tous sachent ce que cela fait de vivre dans un monde sans espoir, un monde où vous êtes coincés sans rien pouvoir faire, un monde où ce que vous souhaitez est figé et hors de votre portée. Et Victor exprime cela en gelant tout et tous ceux qui croisent son chemin.

Pour moi, Mister Freeze est un bon représentant de ce qui fait la supériorité des méchants DC : il n’est pas méchant juste pour être méchant, mais son histoire complexe explique comme il en est arrivé là. Victor Fries est un génie qui eut une histoire difficile, jusqu’à ce qu’il rencontre celle qui le fasse se sentir aimé, protégé, au chaud. Pour un homme avec des troubles tel que Victor, tomber amoureux est un véritable parcours du combattant, et la route est souvent très solitaire. Il aime et aimera une seule femme jusqu’à sa mort, et fera tout ce qui est en son pouvoir pour la protéger et la soigner. Je vois Freeze plus comme un homme qui à tout perdu, que comme un véritable génie du mal. Et comme la majorité des gens ont du mal à gérer leurs émotions (notamment la perte d’un proche), Victor Fries refusa son travail de deuil et se réfugia dans la seule chose qui était à sa portée: son travail. La vie de sa femme devint une obsession. J’ai plus tendance à me sentir mal pour lui qu’à le blâmer pour les dégâts qu’il inflige à Gotham. Voilà juste un homme dont le froid est devenu la seule échappatoire à son chagrin. Peut-on réellement le blâmer ?

Le Villains Month continue lundi avec L’Edito qui se lancera le défi de comparer les vilains du MCU et du DCEU.


A propos de Max Chauvineau

L'un des deux éditeurs à la tête de l'équipe française de L'Univers des Comics, Max vous donne rendez-vous chaque mois dans sa chronique, "Le Divan des Héros"

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.