COUP DE COEUR COMICS: The Pivate Eye


En ce mois de février qui oscille entre la froide bise et les premiers rayons de soleil, quoi de mieux que de se réchauffer par une bonne lecture, bienvenue dans ce nouvel épisode de votre chronique Coup de Coeur Comics.

Ce mois-ci, je me suis laissé guider par le hasard et par la curiosité pour sélectionner ce qui va faire l’objet de cette rubrique. Bien sûr, ma première attention fut attirée par l’auteur du récit : Brian K. Vaughan, gage d’un récit bien mené et intéressant par les questions qu’il met en place. Mais bien plus que l’auteur, c’est le quatrième de couverture qui a titillé ma curiosité :

Le Cloud a implosé, et avec lui tous les secrets les plus précieux de l’humanité, des trafics les plus illicites aux photos de voyage du citoyen lambda, se sont retrouvés à la portée de tous. Désormais, nous évoluons masqués, seul moyen de protéger ce qu’il nous reste d’intimité. Bienvenue dans la société post-Internet.

Ajouté à ces points, le format ‘à l’italienne’ ont fini par me convaincre qu’il était nécessaire de me jeter sur ce graphic Novel : The Private Eye.

Dans une société future où Internet a cessé d’exister, où les journalistes réalisent le travail de la police et du FBI et où la protection de l’identité privée est le principal centre d’attention des citoyens, un détective privé va, contre son gré, mener une enquête pour résoudre le meurtre d’une de ses clientes. Cette affaire va rapidement dépasser le cadre du travail habituel du détective. Bienvenue à Los Angeles en 2076 où chacun se balade sous un accoutrement ostentatoire pour ne pas être reconnu.

Brian K. Vaughan – scénariste en vogue et maintes fois primé pour ses oeuvres : Pride of BaghdadY, The Last Man, Saga, etc… – a été frappé par l’ostensible impudeur de nos contemporains dans les différents media : journaux, télé-réalité et bien entendu à travers les réseaux sociaux. La vie intime des gens est rendue publique sans aucun fard, sans aucun filtre ni aucun garde-fou. Ce constat a servi de point de départ pour une série de réflexions qui seront la trame du récit : Est-ce qu’Internet est un fléau pour nos générations ? Tant sur le plan de la vie privée que de l’éducation ou de la culture. Sur ce dernier point, je retiendrai cette scène où un jeune rétorque à un grand-père (presque dernier représentant de la génération Internet) que l’accès à tout depuis chez soi n’amène pas à l’envie de découvrir au contraire de la lecture papier.

Bien entendu, une thématique novatrice portée par une réflexion pertinente ne rend pas une lecture intéressante. La force du récit de Brian K. Vaughan réside dans une histoire ‘classique’ au décor nouveau : le tricentenaire des Etats-Unis. Le tout est extrêmement rythmé quasi survitaminé grâce aux traits, aux couleurs mais aussi grâce au format de l’ouvrage. Les événements sont compréhensibles même si on regrettera que les personnages soient peu attachants et une certaine confusion (volontaire de la part du scénariste) dans les motivations des différents protagonistes. Pas de récit manichéen donc à l’instar de Y, The Last Man (paru aux éditions Vertigo, DC Comics).

Avant de parler des caractéristiques graphiques de The Private Eye paru dans la collection Urban Strips chez Urban Comics, il me paraît opportun de vous en raconter la genèse de publication du récit. Parti du postulat qu’Internet avait disparu et charpentant son récit par diverses trames de réflexion liées aux bienfaits ou non du web, le dessinateur espagnol Marcos Martin a eu l’idée d’en faire d’abord un webcomic ! Quelle idée géniale que de lier la fiction à notre réalité. Les dix épisodes de cet opus ont donc été édités sur Panel Syndicate (qui permet aux lecteurs de les télécharger en payant le prix qu’ils veulent, y compris une somme nulle) avant de sortir chez Image Comics en 16/9. Même si on peut regretter ce format pour la lecture papier (c’est petit et très épais ce qui n’est pas ergonomique ni fait pour les collectionneurs précautionneux), l’idée et la réalisation sont excellentes : la mise en scène est très originale et booste le récit ; le travail graphique de Marcos Martin est fin, novateur mais avec un petit gout décalé de Rabaté. Enfin, le travail de Vincente Muntsa, le coloriste, lie parfaitement l’ambiance, le rythme du récit mais aussi du genre avec des couleurs très vives et très contrastées.

Ce one-shot est une vraie réussite sur la forme avec une édition originale, un dessin et une colorisation très modernes. Outre l’humour et les références, on saluera surtout le fond pour sa capacité à nous interroger sur des questions de société épineuses et une grande liberté de débat à défaut de suite dans ce qui pourrait-être une série fleuve.

Si vous êtes avides de découvertes ou seulement curieux de l’usage de nouveaux media pour la bande-dessinée, je vous recommande chaudement les Webchroniques des Webcomics de Bastien sur l’Univers des Comics.

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