COUP DE COEUR COMICS: American Monster vol. 1: Sweetland


Le Coup de Coeur Comics que nous allons vous présenter ce mois-ci est le premier volume d’une nouvelle série de Brian Azzarello : American Monster. Avant d’aborder cette oeuvre, laissez-moi vous en dire un peu plus sur son auteur. Brian Azzarello est un auteur américain originaire de Cleveland (Ohio) qui a surtout travaillé pour les collections Wildstorm et Vertigo chez DC Comics. Outre quelques piges aux commandes de Superman, de Batman ou de Hellblazer, il est surtout connu pour la série fleuve multi-récompensée 100 Bullets dessinée par l’excellent Edourdo Risso. Cette oeuvre est basée sur un dilemme moral : 100 balles non identifiables pour exercer sa vengeance. Vous aurez donc compris qu’Azzarello est un auteur qui aime la complexité matinée de violence avec, en exergue, une photographie peu envieuse de l’Amérique.

                                            

Dans une petite bourgade du Midwest, un ancien militaire, défiguré lors d’une opération secrète, débarque sans but apparent. Cette arrivée coïncide étonnamment avec une vague de violence qui frappe presqu’au hasard. Au même moment, les gangs affutent leurs armes et se positionnent avec l’espoir d’anéantir l’autre et de facto de régner sur la région. Attention, ça va saigner…

American Monster, récit au vitriol, nous replonge aussi dans une société paumée où l’espoir réside dans l’argent – peu importe la manière dont il est gagné d’ailleurs – ; où la jeunesse égarée n’a pas d’avenir ni de repères moraux ou sexuels ; où les suprémacistes blancs et autres prédicateurs extrémistes ont quartier libre : bienvenue dans l’Amérique qui a élu Donald Trump ! Il ne faut pas s’y tromper, le monstre qui est dépeint ici au travers de cet ex-militaire défiguré c’est la société dont il n’en est que le produit fini.

Mis en scène et découpé quasi de manière cinématographique, American Monster lorgne un peu sur Sin City de Frank Miller : endroit infâme, personnages immoraux et cupides, et une inextinguible soif de vengeance aveugle qui va sans doute exploser au travers de son anti-héros (qui a quelques ressemblances avec Marv). S’il n’est pas aussi maîtrisé que le chef d’oeuvre de Miller, la dynamique reste très efficace.

Côté dessin et couleurs, on retrouve Juan Doe, illustrateur chez Marvel ou Valiant. Son trait est très fin et vif, il n’est pas sans rappeler une influence japonaise – on comprend dès lors mieux le découpage –  (Juan Doe partage sa vie entre New York et Tokyo ceci expliquant cela).

Malgré une certaine complexité de compréhension d’ensemble, au regard du format relativement court, ce premier tome nous met l’eau à la bouche et notre curiosité est mise à l’épreuve par l’attente de ce second volume à paraître. Ce dernier s’annonce noir, radical et sans esbroufe.

Un petit mot également sur l’éditeur francophone Snorgleux Comics, nouvelle maison d’édition, qui a obtenu les droits de certaines séries d’AfterShock Comics, elle même créée en 2015. Avec American Monster comme premier jet, c’est ce qui s’appelle avoir le nez creux.

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