CULTURE FLASHBACK : Barb Wire


 » Don’t call me babe !  » – Barb

 

Ah Pamela Anderson… Quel jeune mâle hétéro ayant grandi dans les années 90 a oublié les premiers frétillements hormonaux provoqués par un simple maillot de bain rouge et quelques mouvements de caméra putassiers ? Dans son bref et très infructueux effort pour transformer son statut de sex symbol TV ultime en une carrière d’actrice sur grand écran, la naïade accepte d’endosser la combi cuir intégrale et le décolleté vertigineux de Barb Wire, héroïne badass et ultra sexy de l’écurie Dark Horse. Nous sommes en 1996, et le temps n’est pas au beau fixe pour les adaptations de comics. Après la flopée d’échecs essuyés par les majors sur la décennie (au choix : Tank Girl, Rocketeer, The Phantom, The Shadow) le genre n’est plus prioritaire dans l’esprit des décideurs hollywoodiens. C’est dans ce contexte que Polygram Pictures, une compagnie anglaise, lance le projet Barb Wire, pour capitaliser sur la notoriété fulgurante de Pamela. Idée géniale ? Mouais.

Dès les premières secondes du film, le ton est donné. On rencontre Barb sur scène dans un club de strip-tease, décolleté plongeant jusqu’au nombril, dansant lascivement pendant qu’un technicien hors-champ l’asperge d’eau chaude. La scène, d’une poésie et d’une délicatesse infinie,  aurait été inspirée d’un rêve fait par Pam quelques années plus tôt. Sic transit gloria. Alors qu’un spectateur l’interpelle pour en voir un peu plus (on se demande bien pourquoi), il a le malheur de l’appeler « babe » et se prend le talon de sa chaussure dans la tronche à la vitesse d’une balle dum-dum.

Bienvenue en 2017, dans une Amérique cauchemardesque gouvernée par un régime fasciste et peuplée de crétins dont le chauvinisme n’a d’égal que leur propension à vouloir attraper chaque représentante de la gent féminine par l’entrejambe. Comment ça prophétique ? A tous les niveaux, les détails de la représentation du monde post-apo dans Barb Wire valent vraiment leur pesant de latex. Le crawl d’ouverture à la Star Wars est un chef d’oeuvre de mise en place confuse. On y apprend que la direction du congrès a pris la pouvoir avec l’appui du gouvernement après avoir utilisé un dérivé du HIV nommé ruban rouge (WTF ?), que le capitole est devenu un laboratoire de torture géant avec des groupuscules de sadiques extrémistes et que toutes les villes des Etats-Unis sont tombées sous le joug de la loi martiale. Toutes ? Non, bien sûr. Steel Harbor, une ville d’irréductibles barbares vêtus de cuir et de chaines en plastiques résiste à l’envahisseur. C’est dans cet enfer industriel qu’évolue Barb Wire, une passeuse péroxydée qui permet à certains citoyens de s’envoler vers d’autres pays, moyennant un examen rétinien.

Comme l’avait souligné le Nostalgia Critic en 2009, l’intrigue de Barb Wire se résume en un mot : Casablanca. Parce que quitte à pomper toute l’histoire d’un autre film pour en refaire un remake badass et sexy, autant taper dans l’un des plus grands classiques de l’histoire du cinéma. Barb possède donc le bar Hammerhead, et va aider son ex Axel (le monolithique Temuera Morrison) et sa résistante de femme à passer la frontière. Parce que de tous les bars de bikers SM de toutes les villes dévastés du monde, il a fallu qu’il entre dans le sien. Malheureusement, la femme d’Axel ne peut pas passer le scanner rétinien sans un ensemble de lentilles de contacts boostées par des nanomachines. Vous trouvez-ça WTF ? Je vous laisse découvrir la suite. Oui, mes amis, this the beginning of a beautiful shitstorm ! 

Plus de 20 ans après, Barb Wire traîne encore (a juste titre) une réputation de navet intersidéral qui a réussi l’exploit d’enterrer les carrières de Pamela Anderson, David Hogan son réalisateur, et même de la série de Dark Horse Comics jusqu’en 2015. Pourtant le film a étonnamment quelques beaux arguments à défendre dans le contexte qui est le nôtre en 2018. Quelques éléments du monde qu’il présente sonnent rétrospectivement assez justes. La réalité politique américaine actuelle, emprunte de chauvinisme et d’apologie guerrière, n’est idéologiquement pas si éloignée de celle du métrage. Plus inquiétant encore, sa vision des sympathisants nazis suffisamment enhardis pour déclarer publiquement leurs opinions et son exposé de l’extrême misogynie sociétale trouve un certain écho dans une époque post-Weinstein.

Pas de méprise, le sous texte féministe de Barb Wire est aussi subtil qu’une lambo fluo dans un clip de gangsta rap mais il a le mérite d’exister. « A girl’s gotta do what a girl’s gotta do—and in this world, you gotta use everything you got », dit Barb. Et au regard de l’image désastreuse que nous renvoie Hollywood aujourd’hui,  impossible de la contredire.

BARB WIRE de David Hogan (1996). Avec Pamela Anderson, Temuera Morrison, Victoria Rowell, Jack Noseworthy.

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