COUP DE COEUR COMICS: Royal City vol. 1: Famille décomposée


Après avoir proposé des récits d’aventures, des thrillers ou de monde post-apocalyptique, nous avons au menu de notre rubrique Coup de Coeur Comics de ce mois un roman graphique : Royal City signé Jeff Lemire.

Jeff Lemire est un artiste canadien tantôt scénariste chez DC Comics où il travaille sur des séries comme Green Arrow ou encore Justice League ; tantôt chez Marvel (Moon Knight, Old Man Logan, …) et Dark Horse Comics (Black Hammer). Mais nous le retrouvons également au dessin pour A.D. After Death (sur un scénario de S. Snyder). Par ailleurs, il réalise, seul cette fois, des récits indépendants plus intimes comme Essex County ou Winter Road (parus aux éditions Futuropolis en français). Son dernier né Royal City, paru chez Image Comics l’an dernier, est à placer dans cette dernière catégorie.

 

 

                                         

 

Depuis plus de trois générations, la petite ville industrielle de Royal City voit naître, grandir, partir, vieillir et mourir les membres de la famille Pike. Patrick, romancier en perte de vitesse ; Tara, bien décidée à relancer la compétitivité de la ville ; et Richard, égaré dans le dédale d’une vie dissolue ; tous se retrouvent réunis autour du patriarche, victime d’une crise cardiaque. Dans cette nouvelle épreuve se fait l’écho du drame qui bouleversa la vie de chaque membre de cette famille : la mort de Tommy, le cadet de 14 ans, retrouvé noyé et dont le souvenir hante depuis le quotidien de ses proches.

 

Récit anodin situé dans une ville sans merveille, Royal City parvient à toucher le lecteur en plein coeur tant les personnages et les décors présentés nous évoquent des souvenirs ou des images personnelles. Réalisateur de cinéma de formation, Jeff Lemire distille du suspens, joue habilement avec l’envie du lecteur pour que ce dernier tourne les pages et passe de surprises en surprises. La mise en scène passe d’une présentation d’un personnage à un autre sans hachure créant à la fois l’atmosphère pesante dans cette famille mais aussi le coeur de l’intrigue pour ne pas dire l’origine du mal. C’est redoutablement efficace sans toutefois perdre de vue le nerf du récit : la solitude d’une part ; la mélancolie d’une enfance passée trop vite voire brutalement d’autre part.

Seul aux manettes, Jeff Lemire met tout son talent et toute sa personnalité au service de ce roman graphique pour un résultat brillant et pertinent. L’encrage supplée, dirait-on, le trait crayonné ce qui donne du caractère, non sans légèreté, au graphisme. La couleur directe à l’aquarelle crée une ambiance à la fois sensible et austère, à l’image de nos personnages. Elle restitue également parfaitement cette ville post-industrielle : laide, banale, qui semble incarner le passé sans espoir de renaissance. Nous connaissons tous une Royal City mais nous nous gardons bien de la juger car elle conserve en elle une part de nous même.

              

En conclusion de cette chronique, je ne peux que vous encourager à découvrir ce sublime premier opus de Royal City : d’abord parce que ça change des super-héros mais surtout parce qu’il y a une part de vous ou de votre histoire au fil de ses pages.

En plus, un deuxième volume est attendu pour le 22 juin, vous qui cherchiez une bonne lecture pour l’été vous n’avez plus aucune excuse.

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