COMICS OUT: Green Lantern (Alan Scott)


 

Bienvenu(e)s dans Comics Out, la nouvelle chronique qui, chaque mois, évoquera un personnage de comics membre de la communauté LGBTQ. Et pour son premier numéro, Comics Out se met au vert…

En effet, lorsque l’on pense à Green Lantern de nombreux noms nous viennent subitement à l’esprit, que ce soit Hal Jordan pour la version papier ou bien Ryan Reynolds sur grand écran. Cependant, on a tendance à oublier que le premier à avoir endossé le costume vert, Alan Scott, fut également l’un des rares superhéros ouvertement gays.

Le personnage DC, créé à l’origine par Bill Finger et Martin Nodell, fait sa première apparition au début des années 1940 dans le seizième numéro de All-American Comics. Alan Scott, alors simple agent des chemins de fer, entre en possession d’une lanterne magique à partir de laquelle il forge un anneau vert qui lui permet de maîtriser tous les objets métalliques, et ce grâce à une énergie décuplée. Fort de son succès, le désormais Green Lantern s’impose dans le même temps comme un membre fondateur de la non moins célèbre JSA (Justice Society of America) dans laquelle il forme, jusque dans les années 1950, avec d’autres super-héros tels que Hawkman, Flash et Atom par exemple, la première équipe de super justiciers. Voilà pour la petite histoire.

Dans cette version, Alan Scott se marie à deux reprises. Une première fois dans les années 1960 avec une femme schizophrène nommée Rose and Thorn avec laquelle il a deux enfants, Jade et Obsidian. Puis une deuxième fois dans les années 1980 avec Molly Jane, a.k.a Harlequin, qui n’est autre qu’une de ses anciennes ennemies.

Oui mais voilà, après quelques décennies de désintérêt et de désaffection de la part du public, Alan Scott revient en 2012 dans Earth 2, où le concept d’univers parallèle et de terre alternative sur laquelle les évènements se seraient passés différemment est envisagé. Là, Alan Scott apparaît non seulement sous les traits d’un séduisant jeune homme à la tête de la corporation GBC, ce qui efface par conséquent l’intégralité de son passé notamment à la JSA, mais le Alan Scott du XXIe siècle est également ouvertement gay, en s’affichant sans problème au bras de son boyfriend, Sam.

 

           

Dès sa parution, la version 2012 d’Alan Scott a fait couler beaucoup d’encre. En effet, pourquoi avoir attendu si longtemps pour repenser l’orientation sexuelle d’un personnage majeur des comics ? Et surtout, pourquoi Alan Scott ? Des interrogations dont la persistance a rapidement poussé l’auteur d’Earth 2, James Robinson, à prendre la parole pour justifier ses choix dans les colonnes de The Advocate :

Ça a commencé il y a environ 8 mois quand j’ai commencé à assembler l’équipe d’Earth 2. Quand la décision de rebooter l’univers DC et de rajeunir la Société de justice d’Amérique a été prise, j’ai réalisé que nous allions perdre des personnages formidables. Dans la continuité antérieure de l’univers DC, Alan Scott était un héros plus âgé, sur le terrain depuis longtemps, et père d’un fils gay, un super-héros nommé Obsidian. Puisqu’Alan redevenait jeune, j’ai pensé qu’il était dommage de perdre un personnage homo. Je voulais qu’il y ait autant de diversité que possible dans le livre, et je me suis dit “Pourquoi ne rendons-nous pas Alan Scott gay ? Pourquoi le leader de la Société de justice ne serait-il pas un homosexuel ?

Ainsi, le choix d’Alan Scott s’est imposé comme une évidence aux yeux du scénariste et de son équipe qui ont vu en Green Lantern l’occasion de, finalement, brosser le portrait d’un personnage gay de façon définitivement positive, puisque ce dernier se trouve être un homme très apprécié (tant des autres personnages que des lecteurs), leader naturel, incontesté, et homosexuel assumé. Comme le répète plus tard dans l’entretien James Robinson :

Green Lantern est gay dès le début. C’est un personnage qui ne craint pas la peur et qui est honnête envers lui-même, alors lorsqu’il a réalisé qu’il était gay. Il l’a juste accepté car c’était ce qui devait arriver. J’ai des amis homos et des amis hétéros et nous sommes tous mélangés. Il est logique de penser, en regardant la population mondiale, qu’au moins un des membres de l’équipe est homo.

 

        

De fait, il s’agit surtout désormais pour les scénaristes et producteurs de comics de refléter davantage la réalité du monde actuel. Raison pour laquelle il eût été totalement inenvisageable, pour le Alan Scott des années 1940, d’être gay. Ce dernier est apparu en plein âge d’or des comics (période approximative entre 1938 à 1954 selon les spécialistes). Le monde est alors en guerre, le roman graphique devient un élément extrêmement important, voire essentiel dans la culture populaire nord-américaine. D’un prix abordable, les comics sont lus par un large public allant de jeunes écoliers aux troupes de soldats en déploiement à l’étranger. Les super-héros patriotiques qui y sont décrits, à l’image d’Alan Scott justement ou plus encore Captain America, ont pour dessein d’unir la nation en diffusant des messages politiques et de propagandes, en combattant des méchants se rappelant bien souvent des régimes nazis ou communistes.

Figure virile et patriotique, archétype du parfait citoyen, porte-drapeau des valeurs démocratiques et défenseur d’un monde libre, le Green Lantern des années 1940, aux vues de son influence sur les esprits juvéniles et des mœurs de la société de cette époque n’aurait donc, logiquement, pas pu être ouvertement homosexuel sous peine, à n’en pas douter, de forte censure.

Le choix de James Robinson et des équipes DC de se tourner vers le Green Lantern d’Alan Scott afin d’introduire un super-héros homosexuel est donc une décision à la fois symbolique et mûrement réfléchie, mue par l’intime conviction que ce changement, cette évolution serait bénéfique tant pour la société que pour la communauté et la cause LGBTQ elles-mêmes. De plus, on ne peut nier la volonté d’une part de dépoussiérer les stéréotypes encore bien ancrés dans les romans graphiques, de faire bouger les barrières de style et de genre et, d’autre part, de façon plus subtile, de faire un pied-de-nez à la société bienpensante américaine de l’après-guerre certes, mais toujours bien présente, à l‘image de l’association conservatrice One Million Moms. Cette dernière n’a en effet pas manqué de s’insurger contre l’introduction de super-héros gays en appelant à boycotter les comics:

Malheureusement, les enfants sont exposés à l’homosexualité de plus en plus tôt. On pensait que les comics seraient bien l’un des derniers endroits où un parent s’attendrait à ce que son enfant soit confronté à ces sujets. Les enfants ne savent pas ce qu’hétérosexualité ou homosexualité veulent dire, mais DC Comics et Marvel se servent de leur super-héros pour semer le trouble.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Alan Scott aura été l’un des premiers à ouvrir les portes des comics aux personnages LGBTQ et à témoigner de ce long parcours semé d’embuches. Beaucoup d’autres ont suivi par la suite, sans que cela ne soit plus aisé, mais Green Lantern restera, sans aucun doute, un personnage de référence.

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