LE DIVAN DES HÉROS: Rick Grimes


Bonjour à vous survivant(e)s et débrouillard(e)s en tous genres, et bienvenue pour ce nouveau numéro du Divan. Pour cet épisode, nous allons sortir un peu de notre zone d’étude habituelle, à savoir les univers de DC Comics et Marvel, pour nous aventurer dans un univers plus apocalyptique, celui d’Image Comics. Alors pour ceux qui ignorent ce que produit cette maison d’édition, et bien l’exemple le plus connu est un phénomène comics et télévisuel : The Walking Dead. Et aujourd’hui, nous nous attardons sur un personnage emblématique de cet univers, puisqu’il s’agit du héros principal de cette oeuvre : Rick Grimes.

Mais resituons tout d’abord l’univers: The Walking Dead est à l’origine une série de comics qui vit le jour au début des années 2000 dans l’esprit du scénariste Robert Kirkman et du dessinateur Tony Moore. Le projet de Kirkman s’intitulait à l’origine Dead Planet, et le scénario reposait sur une épopée de science-fiction parlant d’une épidémie de zombies. Mais finalement le scénariste change d’avis et décide de se baser sur les morts-vivants pour créer une histoire potentiellement sans fin. Malheureusement la maison d’édition Image Comics n’était pas emballée par le projet de Kirkman. Ce dernier dût alors promettre d’incorporer des éléments de science-fiction par la suite, lorsque le récit serait bien lancé. Lors du lancement de la série, en fin d’année 2003, les retours sont plus qu’infimes et le comics passe inaperçu, succombant à l’indifférence totale.

Puis petit à petit, la série rencontre de plus en plus de succès, séduisant un nombre croissant de fans, et le phénomène se propage. La série comics est toujours en cours actuellement, et le vingt-neuvième tome de la série est paru en mars 2018. Le succès est tel que la chaîne de télévision américaine AMC décide de produire une adaptation télévisuelle du comics, sous la forme d’une série de plusieurs saisons. Chaque saison suit les événements d’un ou plusieurs tomes du comics. La série débute en 2010 et est aujourd’hui à sa neuvième saison.

L’histoire se centre sur un petit groupe de survivants, mené par Rick Grimes, qui essaient de survivre face a des hordes de morts-vivants ayant précipité la chute des Etats-Unis dans une ère post-apocalyptique. Rick est un adjoint du shérif du comté de King, près de la grande ville d’Atlanta. Alors qu’il prend part à une course poursuite avec son coéquipier et meilleur ami Shane Walsh, la poursuite tourne à la fusillade et Rick reçoit une balle au côté gauche. Il tombe alors dans le coma. Lorsqu’il se réveille à l’hôpital bien après ces événements, il constate que le lieu est vide, du sang et des traces de balles parsèment les couloirs. Il découvre en sortant de l’hôpital un charnier de cadavres enveloppés dans des housses et des draps. Alors qu’il prend un vélo pour fuir, il tombe sur un cadavre à moitié décomposé qui s’anime sous ses yeux. La vue de ce cadavre mouvant brise quelque chose en Rick, car c’est son premier véritable contact avec le monde tel qu’il est, et non tel qu’il l’a connu. Il n’a qu’une seule idée en tête : retrouver à tout prix sa femme et son fils.

Il se rend chez lui, et il se fait assommer par un enfant. Le père de l’enfant, Morgan, le transporte chez eux, le soigne et le nourrit. Il explique à Rick qu’une partie de la population a été infectée et s’est transformée en mort-vivants, appelés rôdeurs. Il apprend aussi que l’on peut être infecté par leur morsure ou griffure. Le monde tel qu’il l’a connu n’existe plus, ne reste plus que celui où la société s’est effondrée, et où la survie est la seule et unique loi. Il finira par retrouver sa famille dans un groupe de survivants menés par son ami Shane, et commencera son périple pour protéger sa vie, celle de sa famille et de ses alliés.

Rick Grimes est par définition la représentation de l’américain moyen, et personnifie le portrait que la majorité des gens se fait d’un homme bien : un représentant de la loi incorruptible, un ami franc et sincère et un mari et un père dévoué à sa famille. Tout ce qu’il faut à un homme pour être heureux. Et tout cela vole en éclat. Ce qui est intéressant dans ce personnage, c’est l’évolution (forcée dirons certains, pour ma part je pencherai plus pour dire « nécessaire ») qu’il subit tout au long de l’histoire, et comment ses croyances, ses principes et ses priorités changent au fur et à mesure que Rick se confronte à ce nouveau monde apocalyptique. Il part d’un mari loyal et d’un père pour arriver au leader incontestable du groupe tout au long de leurs péripéties. Si l’on se réfère aux enseignements du psychiatre Carl Jung, la personnalité de Rick fait partie de ce que Jung appelle les « archétypes ». les archétypes sont des modèles de personne, personnalité et comportement qui construisent et fédèrent la société. Et Rick représente l’archétype du « Père », une figure autoritaire austère et puissante.

Mais dans la thématique jungienne, il y a ce qu’on appelle « l’inconscient collectif  » qui définit certains aspects de l’humanité. Par exemple, lors d’un événement tragique tel que le tsunami de 2004 qui a frappé de plein fouet l’Asie du Sud-Est, beaucoup de gens furent pris dans cette tragédie. Certains on sauvé d’autres personnes en risquant leur propre vie, et d’autres à la suite de cet événement s’engagèrent et vinrent en aide aux victimes de ce cataclysme. Et bien dans cette tragédie (selon moi), l’inconscient collectif était clairement représenté par l’espoir et la compassion. C’est le sentiment dominant lors d’une situation donnée. Dans le cas du comics, on est dans un univers où la société n’existe plus. Tout s’est effondré, et les survivants sont inféodés à une seule chose : rester en vie. Mais lorsque Rick émerge de son coma et découvre le monde tel qu’il est, son premier instinct lui dit de retourner chez lui afin de protéger sa famille. C’est pour cela que Rick peut être relié à l’archétype du Père : il veut protéger sa famille à tout prix, peu importe son sort, alors que d’autres les auraient abandonnés. Puis lorsqu’il retrouve sa famille saine et sauve, il fait tout pour les garder en sécurité.

Au fur et à mesure de l’histoire, Rick va subir beaucoup d’épreuves et des tragédies qui transformeront le père de famille bon et compatissant qu’il est en un redoutable survivant n’hésitant pas à se salir les mains pour assurer la survie de son groupe.

La première chose est que lorsqu’il retrouve sa famille dans un camp de survivants où Glenn le mène après lui avoir sauvé la vie, il retrouve également son meilleur ami Shane. Alors que ce dernier et sa famille crurent Rick mort, Shane promit à son ami dans le coma de veiller sur sa famille. Seulement, croyant son ami mort, Shane et Lori (la femme de Rick) se rapprochèrent, et il tomba amoureux de la femme de son meilleur ami. Lorsque ce dernier revint d’entre les morts, Lori retourna avec son mari sans lui dire pour elle et Shane, mais ce dernier, d’abord compréhensif de la décision de Lori, devint frustré d’être lésé. Il devint de plus en plus rancunier et abrupt, jusqu’au jour où il devint violent et s’opposa à Rick, ce qui amena à la mort de Shane. La trahison et la mort de son ami toucha profondément Rick, qui aurait du mal à faire confiance par la suite, et se méfiera des nouveaux arrivants et alliés du groupe. Mais il ne se détourne pas de l’archétype du père, il conserve intact ses idéaux et continue de mener le groupe.

Ensuite, le deuil frappe notre héros : alors que le groupe trouve refuge au sein d’une prison abandonnée, en apparence sûre, Lori la femme de Rick meurt après une invasion de morts-vivants. Enceinte, le groupe arrive à sauver le bébé mais malheureusement pas Lori. Rick est prodondément meurtri par le décès de sa femme, et il perd pied peu à peu, devenant plus sauvage. Il se renferme sur lui-même, se sentant responsable de la mort de sa femme qu’il avait juré de protéger. En conséquence, il commence à avoir des visions de Lori, comme manifestation de son inconscient personnel. Je m’explique : ces hallucinations sont une manifestation de sa culpabilité, car Rick essaie d’oublier sa souffrance. Mais grâce à l’aide de son fils et du groupe, Rick supprime ses hallucinations. Mais sa culpabilité restera présente tout au long de l’histoire, car notre héros ne s’est jamais remis d’avoir laissé sa femme mourir.

 

Il fait cependant un veritable travail de fond sur la mort de sa femme, et a réussi à créer une communauté forte. Il met en place une série de questions pour les survivants qui souhaitent rejoindre la communauté :  » combien de rôdeurs avez-vous tué ? combien de personnes ? et pourquoi ? » Ces questions sont en fait l’expression de l’évolution de l’ego de Rick. Au début de l’histoire on avait une figure paternelle loyale à sa femme, ce qui fit que Rick fut enclin au désarroi en découvrant ce que le monde était devenu. Rick a ce moment là est conciliant et compatissant, cherche la miséricorde parmi ses adversaires et ses alliés. Au fur et à mesure des saisons, l’homme bon qu’était Rick s’est transformé en un survivant méfiant et réticent à accepter des étrangers auprès des siens.

Le personnage de Rick est particulièrement intéressant car en même temps que l’histoire évolue et que de nouveaux événements se produisent, il évolue et reste pourtant le même. Je m’explique : comme nous l’avons vu, Rick est le parfait représentant de la théorie de Carl Jung sur les archétypes. Non seulement parce que son attitude évolue et qu’il devient de plus en plus mature vis-à-vis du monde qui l’entoure, mais aussi car ses idéaux de père et de leader n’ont jamais changé. Même après toutes les épreuves qu’il a subies, après son deuil et les trahisons, Rick a su traverser tout cela à chaque fois. Comme si une force invisible le poussait. Il a toujours foi en lui et en l’avenir, peu importe les épreuves. C’est un combattant, un survivant né. Et c’est cela qui est réellement le fond de l’histoire : le chemin intérieur que fait le personnage, d’un monde normal à un monde apocalyptique, et qui révèle cette part de lui-même enfouie sous un comportement civilisé. En gros l’évolution de sa capacité à survivre. Car lorsque l’histoire débute Rick se réveille de son coma, et donc le monde est déjà tel quel depuis un certain temps. La maturité du personnage est clairement exprimée lorsque celui-ci dit cette phrase (dans la série) : « Les choses ne s’arrangent pas parce que tu as décidé qu’elles s’arrangeraient. A partir de maintenant, nous devons vivre dans le monde réel. Si on ne se bat pas, on meurt ».


A propos de Max Chauvineau

L'un des deux éditeurs à la tête de l'équipe française de L'Univers des Comics, Max vous donne rendez-vous chaque mois dans sa chronique, "Le Divan des Héros"

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