Nos premières impressions sur « Watchmen »


Cet automne nous offre pas mal de nouvelles séries adaptées de comics. Après Stumptown et Batwoman, c’est au tour de Watchmen de débuter. Lancée dimanche dernier, cette adaptation libre de l’oeuvre d’Alan Moore (dont nous vous avions parlé en long et en large dans un article dédié) est d’ores et déjà avancée comme sa nouvelle perle par HBO. Peut-être digne remplaçante de Game of Thrones comme série phare de la chaine ? Est-ce que cette série vaut le coup de prime abord ? Top ou flop ? L’Univers des Comics vous livre ses premières impressions par le biais de l’avis de trois de ses auteurs.


L’avis de Timo Masson

« Watchmen accroche le regard par son look travaillé mais le spectateur devra s’accrocher s’il souhaite comprendre l’intrigue »

Ce premier épisode de la série Watchmen laisse le spectateur avec des sentiments mitigés, impressionnant par son ambiance et laissant sur sa faim niveau scénario.

Il faut effectivement reconnaitre que Watchmen nous plonge directement dans son ambiance. Une cinématographie splendide dont HBO a le secret (et le budget) et une musique travaillée aident à construire un monde unique à la série qui absorbera le spectateur dès les premiers instants.

Celui-ci devra tout de même être attentif à suivre le scénario, ce dernier restant énigmatique encore à la fin du premier épisode. Certes, un premier épisode a pour but d’installer l’intrigue de la saison et de laisser planer un mystère autour de cette dernière, mais si le mystère est la seule chose qui reste à la fin de l’épisode et qu’aucun background n’a été expliqué, cela peut laisser perplexe quant à la suite de la série.

On pourrait penser que la série tente d’adopter le même type de storytelling que l’oeuvre originale, mais il pourrait s’avérer qu’un tel choix semble non adapté à un format télévisuel. De plus, ne vous attendez pas à une adaptation de l’histoire relatée dans le comics, il s’agit d’une adaptation libre qui se situerait après les évènements de l’histoire originale. Dans un tel cas, on se demande encore pourquoi arborer le nom « Watchmen » si l’histoire n’a au final rien à voir.

En résumé, Watchmen accroche le regard par son look travaillé mais le spectateur devra s’accrocher s’il souhaite comprendre la direction que prendre l’intrigue encore floue après ce premier épisode.


L’avis de Marie-Ca

« ce premier épisode possède assez de mystères pour avoir diablement envie de connaître la suite »

Avec le parti pris de repartir de zéro, le pilote avait la délicate tâche de poser les bases de son univers dystopique, ses règles, ses personnages et leurs relations (bien incarnés par Don Johnson et Regina King pour ne citer qu’eux) en seulement 45 minutes.

Et on peut le dire, il s’en sort vraiment pas mal.

Chaque plan, chaque scène plonge le spectateur attentif dans une intrigue et un contexte politique actuel, sans trop le perdre (un exploit) et apporte son lot de clins d’œil au comics à la manière d’un puzzle particulièrement intriguant.

Du côté de la technique, malheureusement c’est là où le bât blesse. Si la mise en scène est énergique, appuyée par une bande son percutante, elle ne brille pas, cependant, par son originalité. Plutôt classique dans les scènes d’action, elle serait même à ça de dénoter un poil des autres productions d’HBO qui nous ont habitué à une patte visuelle plus marquée.

Cela se ressent d’autant plus lorsque la fin « choc » de l’épisode approche. La mise en scène, qui a déjà tendance à trop accompagner son spectateur (pas forcément aidée non plus par des ficelles scénaristiques parfois regrettablement conventionnelles), perd de son intensité dramatique et désamorce l’effet de surprise attendu.

Malgré cela, ce premier épisode possède assez de mystères pour avoir diablement envie de connaître la suite.


L’avis de Charles Dervaux

« Watchmen en met plein les yeux et occulte le rationnel pour développer l’imaginaire« 

« Nous ne souhaitons pas « adapter » les 12 tomes créés par Moore et Gibbons il y a 30 ans. C’est un terrain sacré et ils ne seront ni repensés, ni recréés, ni reproduits, ni rebootés. Ils seront toutefois remixés. » C’est à l’aide de ces mots gracieusement choisis que Damon Lindelof a décidé d’orienter le ton de la nouvelle série phénomène de HBO, Watchmen. Un show très ambitieux et coûteux pour la chaîne qui espère naturellement un retour sur investissement accompagné d’une certaine excellence dans le propos puis dans les intentions. En prenant en compte bien des variables, et en repartant sur une toute nouvelle base essentielle pour se placer dans l’histoire, Watchmen en met plein les yeux et occulte le rationnel pour développer l’imaginaire. Et les débuts à l’écran de cette troupe de supers mal aimés désorientés sont convaincants à défaut d’être exempts de tout reproche.  

La première scène du pilote est percutante. Un aller dans le passé, pour une structure narrative qui s’établit très vite dans le présent. De cette manière, Damon Lindelof nous fait comprendre que pas mal de choses se sont passées depuis 30 ans et que les personnages évoluent en 2019 dans une Amérique alternative. Trois décennies après la fin de l’histoire des comics, que sont devenus les héros d’hier, et qui sont d’ailleurs ceux d’aujourd’hui ? Ceux de demain ? Beaucoup de questions sont, il faut l’avouer, en suspens durant l’intégralité de l’épisode. Assez peu d’informations sont offertes au public, ce qui ne nous aide pas vraiment à mieux appréhender les revirements du récit ou l’évolution des personnages. Les situations semblent aller dans tous les sens et perdent parfois légèrement de vue les principaux objectifs du pilote : accompagner, diriger et captiver. Nous apprenons de ce fait  l’existence de la 7ème cavalerie, mais quels peuvent bien être les enjeux politiques prônés par ces individus de la peur ?. Il nous reste naturellement du temps pour laisser planer le doute sur la véritable identité des méchants (et même, des gentils ?) quitte à ne plus aller dans le sens du raisonnable. Tant mieux ? Il en dépendra de vos positions sur la question. 

Digne créateur de Lost (2004) et The Leftovers (2014), Damon Lindelof risque d’user de son incroyable talent pour la théorie du double jeu qu’il va en faire voir de toute les couleurs aux spectateurs incrédules. Les images sont ultra soignées, et les personnages, très progressifs. Angela Abar / Sister Night, Adrian Veidt / Ozymandias et Red Scare (entre autres) ont des motivations différentes et des intentions parfois douteuses. Leur importance dans la trame du récit ne fait plus aucun doute et c’est avec impatience que nous les suivrons pendant ces 9 épisodes de cette première saison. L’ambiance pesante et contemporaine du pilote risque de ne pas plaire à tout le monde cependant, mais les goûts et les couleurs existent pour cela. 
Damon Lindelof, qui a déjà fait du sacré bon travail d’introspection, aura le mot final, rempli de réalisme : “Elle (la série) doit vibrer avec l’imprévisibilité sismique de ses propres plaques tectoniques. Elle doit vous poser des questions et explorer le monde sous un nouvel angle. Plus important encore, elle doit être contemporaine.


A propos de Timo Masson

Editeur-en-chef du site et producteur de la chaine, Timo vous donne rendez-vous chaque mois dans ses chroniques "L'Edito" et "Le Top 5". Sur la chaine, vous pouvez le retrouver dans l'intégralité des émissions, dont notamment "L'Hebdo des Comics" chaque dimanche

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