CULTURE FLASHBACK : Hellboy


Parce que les grands esprits finissent toujours par se rencontrer, Culture Flashback vous embarque pour cette nouvelle année sur les traces d’un classique en devenir, oeuvre commune de deux monstres sacrés. 

« Second date, no tongue! » Hellboy

 

Sorti à l’été 2004, Hellboy est une sorte de joyeuse anomalie dans le tout venant des blockbusters de l’époque. Adaptation de l’extraordinaire comics de Dark Horse, le film cumule avec bonheur les étrangetés : ésotérique, décalé, sans tête d’affiche, célébrant autant la culture « freak » que les codes du cinéma de genre, Hellboy se bouffe à toutes les sauces et fait l’effet d’un petit missile à fragmentation dans la geekosphere des années 2000.

Le film démarre en pleine seconde guerre mondiale (ambiance fin du monde et drapeaux nazis) avec le couple Rasputin/Ilsa « she-wolf of the SS » Haupstein . Désireux de déclencher l’apocalypse pour le compte du Reich, ils activent un portail interdimensionnel avec l’aide de Kroenen, un terrifiant SS masqué. C’est ainsi que débarque Hellboy dans notre monde, un petit démon rouge affublé d’un bras de pierre.  Devenu adulte et travaillant pour le compte du BPRD (Bureau for Paranormal Research and Defense) , il se retrouve de nouveau  confronté aux trois lascars, qui souhaitent se servir de lui pour semer le chaos.

 

 

Juxtaposition parfaite des sensibilités de l’auteur Mike Mignola et du réalisateur Guillermo Del Toro (Cronos, Blade II)  le long métrage a pour principale qualité de respecter religieusement l’esprit de son matériau d’origine tout en creusant son propre sillon d’un point de vue visuel et narratif.  S’inspirant des histoires Seed of Destruction et The Corpse, Del Toro insuffle au film une esthétique lovecraftienne du plus bel effet, pour donner corps à son bestiaire de monstres zarbis, tous élaborés « à l’ancienne », avec très peu de CGI. En résulte une œuvre hybride, mi 80’s – mi digitale, faisant la part belle autant aux scènes d’actions dantesques (le combat dans le métro) qu’aux moments d’introspection de ses personnages. Et de ce point vue-là, le film frappe très fort.

Cette célébration des freaks of nature que sont Hellboy (Ron Perlman), Abe Sapien (Doug Jones) et Liz Sherman (Selma Blair) s’opère par le biais d’une idée proprement géniale : faire d’eux des outsiders. Hellboy, c’est ce grand mec mal luné au fond d’un rade miteux , cigare en bouche et bouteille à la main, qui va beugler de mettre la musique un peu plus fort. Cette personnalité «working class » qui vient heurter les esprits étroits ou sans relief de ceux qui incarnent la normalité et le succès (Manning, Myers),  donne un cachet incomparable au film. Sa relation filiale avec le professeur Broom (inoubliable John Hurt), enrichit également le personnage et achève de lui donner un coté « plus humain que les humains ».

Ce motif du freak dont Tim Burton était jusqu’à présent le seul dépositaire dans le cinéma mainstream, n’a jamais cessé d’être étoffé par la suite dans la brillante filmographie de Guillermo Del Toro, jusqu’au récent The Shape of WaterL’expérience accumulé sur Blade II en matière de pyrotechnie doublé de l’appétence du mexicain pour les univers alternatifs (steampunk, dieselpunk) font de Hellboy  un barnum jouissif capable de faire mouiller les caleçons des fans de Die Hard, Sin City et Star Wars tout en alimentant une filmographie à la diégèse interne ultra-cohérente et riche de sens.

Hellboy  est une somme donc, un petit paradis de pop culture et le premier aboutissement de la carrière de Del Toro, qui connaîtra une suite quatre ans plus tard avec le quasi parfait Hellboy II, The Golden Army.  Mais ceci, comme le dit si bien l’adage, est une autre histoire que l’on ne se privera pas de vous raconter.

HELLBOY de Guillermo Del Toro  (2004). Avec Ron Perlman, John Hurt, Selma Blair, Jeffrey Tambor.

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