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OLD BUT GOLD: Love and Rockets

Déterrons les pépites

Il y a de ces classiques que tout le monde connait et il y en a d’autres que la plupart ignorent. C’est dans cette deuxième catégorie qu’Old But Gold vous emmène aujourd’hui avec le cultissime Love and Rockets. Avant toute chose, mettons tout le monde à niveau : de quoi s’agit-il ?


Love and Rockets : de quoi parle-t-on ?


Love and Rockets est une série de comics alternatifs qui vit le jour en 1981. Au départ auto-publiée par ses créateurs, la série commence à être publiée par l’éditeur indépendant Fantagraphics en 1982. La série originale comptera pas moins de 50 numéros publiés sous forme de magazines plus grands que les comics habituels sur une fréquence de 3 à 4 numéros par an, se terminant ainsi en 1996. La série fut par la suite relancée avec 20 nouveaux numéros entre 2001 et 2007, 8 numéros annuels nommés Love and Rockets: New Stories entre 2008 et 2016 et puis actuellement 15 numéros qui virent le retour au format originel à partir de 2016.

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Love and Rockets fut rééditée depuis 1985 en pas moins de 32 tomes reliés à l’image de romans graphiques regroupant certaines storylines, compilant parfois des numéros sur une même thématique. Selon ce même principe de regroupement de numéros par thématique, la série est également éditée sous forme de 15 omnibus jusqu’à présent, publiés à partir de 2007 par Fantagraphics.

En version française, de par la multitude d’histoires présentes dans la série, le comics est passé par de multiples éditeurs, commençant au plus tôt en 1983 avec le tome Pain, Amour et Fusées chez Humanoïdes Associés. L’éditeur Comics USA rééditera par la suite le premier tome de la série en 1987 avant qu’Albin Michel ne publie le deuxième. Ce sont finalement les édition du Seuil qui commenceront à être plus prolifiques avec 3 tomes, seulement entre 2005 et 2007. Vertige Graphic s’y mettra à son tour avec un tome avant que Delcourt ne récupère les droits de la série et ne publie un total de 7 tomes entre 2008 et 2012. Aujourd’hui, c’est l’éditeur Komics Initiative qui a bénéficié d’un financement participatif afin de rééditer l’intégrale de la série, avec 8 tomes parus jusqu’à présent, publiés à partir de 2022.

Love and Rockets est en réalité un ensemble d’histoires à suivre, qui sont parfois totalement indépendantes l’une de l’autre, mais plusieurs storylines coexistent ainsi dans cet univers dépeint dans la série. Les deux principales histoires sont Locas, qui suit plusieurs personnages un peu déjantés dans la banlieue de Los Angeles de l’époque avec en tête de liste les jeunes punkettes Maggie et Hopey ; et Palomar, qui suit les habitants du village fictif du même nom en Amérique latine dans lequel se passent des évènements presques fantastiques dans un style souvent comparé à du réalisme magique. Les deux histoires continuent encore à ce jour, s’alternent et s’entrecoupent d’autres petites histoires.


Les créateurs derrière Love and Rockets


Love and Rockets est une création conjointe des frères Gilbert, Jaime et Mario Hernandez, même si les deux premiers restent les deux principaux contributeurs de la série.

Les trois frères ont débuté leur aventure ensemble en 1981 en auto-publiant le premier numéro de Love and Rockets. Après avoir envoyé une copie et avoir surpris l’éditeur, les frères Hernandez obtiennent un contrat de publication avec Fantagraphics pour continuer à publier Love and Rockets, qui restera leur oeuvre principale.

Dans Love and Rockets, Gilbert Hernandez écrit et dessine des histoires individuelles et est le créateur des histoires de Palomar, qu’il écrira de 1983 à la fin de la série originelle en 1996. Il continuera toutefois, en solo, les histoires de ses personnages dans les séries Luba, Luba’s Comics and Stories et New Love. A partir de 2001, Gilbert reprend avec ses frères la publication de Love and Rockets mais décide de se concentrer sur des plus petites histoires et de nouveaux personnages. Pour ses plus longues histoires, celui-ci publiera à la place des romans graphiques tels que The Troublemakers et Garden of the Flesh chez Fantagraphics, Marble Season chez Drawn & Quarterly et Sloth sous le label Vertigo de DC Comics.

De son côté, Jaime Hernandez écrivait d’autres histoires indépendantes dans Love and Rockets dès son lancement et est le créateur de l’histoire Locas. Il travailla sur cette histoire pendant toue la durée de la série originelle puis continua les histoires de ses personnages de son côté entre 1996 et 2001, avec des séries comme Maggie and Hopey Color Fun, Whoa Nellie et Penny Century. L’histoire Locas reprit ensuite lors du lancement de la deuxième série Love and Rockets.

Enfin, Mario Hernandez, le plus âgé des trois frères, a lancé Love and Rockets avec Gilbert et Jaime mais ses contributions sont rapidement devenues sporadiques, se concentrant sur sa vie de famille. Mario s’est même petit à petit retiré du comics, contribuant juste de temps à autre pour les numéros anniversaires. Sa carrière en-dehors de Love and Rockets est quasi-inexistante.


Le palmarès


Love and Rockets est l’un des comics alternatifs les plus primés de l’histoire, ayant raflé plusieurs prix durant les années 1980 et 1990. Le premier prix que la série remporte est le Jack Kirby Award de la meilleure série noir et blanc en 1986.

Par la suite, Love and Rockets remporta le Harvey Award de 1989 pour la meilleure suite de série ou mini-série devant Neat Stuff de Peter Bagge, Nexus de Mike Baron et Steve Rude, Yummy Fur de Chester Brown, l’iconique V for Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd et Concrete de Paul Chadwick, dont nous avons discuté dans cette chronique en début d’année. En 1990, la série remporte le prix pour la deuxième année consécutive, à nouveau devant Neat Stuff et Yummy Fur mais aussi Cerebus de Dave Sim et Gerhard, Animal Man de Grant Morrison et Chas Truog (abordée dans un numéro de Know Your Classics) et The Sandman de Neil Gaiman (dont on discutait justement le mois dernier dans Old But Gold).

Toujours aux Harvey Awards, Love and Rockets remporta aussi en 2004 le prix du meilleur numéro pour le Love and Rockets vol. 2 #9 et de même en 2006 pour le #15 tandis que la série valut à Gilbert Hernandez d’être nommé meilleur auteur en 1989 et 1990 et Jaime Hernandez comme meilleur encreur en 1992 et 2003 puis meilleur cartooniste en 2007.

A côté des Harvey Awards, Love and Rockets a aussi remporté des Ignatz Awards et deux Eisner Awards. En effet, en 2014, près de 25 ans après les débuts du comics, Love and Rockets continuait à gagner des prix, remportant celui de la meilleure histoire courte et valant à Jaime Hernandez d’être élu meilleur auteur/dessinateur.


Pourquoi Love and Rockets est-il un classique ?


Love and Rockets est arrivé dans une époque où les lecteurs de comics n’avaient pas encore énormément de choix. Certes, pour les fans de super-héros, il y avait une panoplie de séries, mais pour ceux qui voulaient autre chose du médium, il y avait très peu voire pas de choix. Ainsi, quand Love and Rockets a débarqué en 1981, il a chamboulé toute la scène alternative avec lui.

S’inscrivant dans le mouvement des comics alternatifs – qui proposent une alternative aux comics mainstream de super-héros – Love and Rockets a fait bien plus que s’inscrire dans le mouvement, il l’a ravivé alors que celui-ci s’essoufflait à la fin des années 1970. Depuis sa création, même s’il peine à être connu du public mainstream (d’autant plus chez nous), ce grand classique est considéré comme l’un des plus grands comics de sa génération par bon nombre de créateurs, comme Neil Gaiman qui s’exprimait à ce sujet dans une interview pour The Guardian :

“J’étais un immense fan. Je le suis toujours. Je ne comprends pas vraiment pourquoi l’oeuvre de Love and Rockets n’est pas reconnue comme l’une des meilleures créations de fiction de ces 35 dernières années. Parce que c’est le cas.”

Neil Gaiman, interview avec The Guardian

C’est effectivement le cas car Love and Rockets recense l’un des mondes les plus denses en terme de world-building tout en incluant un cast de personnage immense. Il y a pléthore de personnages dans Love and Rockets, et ce même sans compter les petites histoires individuelles à côté de Locas et Palomar. Ces dernières ont permis à beaucoup de personnages de voir le jour et d’être approfondis au fil des ans mais aussi – fait assez rare pour être mentionné – de vieillir au fil des publications.

Love and Rockets est aussi un comics qui était en avance sur son temps d’un point de vue de la diversité. Réputé pour ses personnages féminins forts, le comics a notamment aidé à amener pas mal de lectrices à découvrir le médium, également car elles pouvaient s’identifier à ces personnages, loin des clichés des super-héroïnes ultra-sexy et moins proches de la réalité.

Au fil du temps, les frères Hernandez ont toujours fait ce qu’ils voulaient, indépendamment de tout éditeur qui viendrait perturber leur création. C’est en laissant libre cours à leur imagination que ceux-ci sont devenus parmi les meilleurs créateurs de comics de leur génération, voyant Gilbert s’installer petit à petit comme une réelle référence du storytelling et Jaime une icône du dessin.

Alors, pourquoi Love and Rockets est-il un classique ? Pour toutes ces choses certainement, mais aussi parce qu’encore aujourd’hui, il est l’exception qui confirme la règle du mainstream.

Love and Rockets tome 1 : “Maggie la mécano” par Jaime Hernandez (Komics Initiative)
Love and Rockets tome 4 : “Diastrophisme humain” par Gilbert Hernandez (Komics Initiative)
Love and Rockets tome 7 : “Amor y cohetes” par Gilbert, Jaime et Mario Hernandez (Komics Initiative)
Love and Rockets tome 2 : “Heartbreak Soup” par Gilbert Hernandez (Komics Initiative)
Love and Rockets tome 5 : “Perla la Loca” par Jaime Hernandez (Komics Initiative)
Love and Rockets tome 8 : “Luba et sa famille” (Komics Initiative)
Love and Rockets tome 3 : “La fille de H.O.P.P.E.R.S.” par Jaime Hernandez (Komics Initiative)
Love and Rockets tome 6 : “Au-delà de Palomar” par Gilbert Hernandez (Komics Initiative)

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