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COMICS OUT: Death – The Time of Your Life

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Ca y est, c’est la rentrée, et pour Comics Out, c’est un vent de fraicheur qui arrive dans la chronique. On débute aujourd’hui la saison 4 et, comme expliqué lors de l’annonce de renouvellement, Comics Out ne va désormais plus se pencher sur des personnages LGBTQ+ issus de comics, mais sur des comics avec une présence LGBTQ+, en se centrant bien évidemment sur les histoires qui marquent par leur représentation de la communauté LGBTQ+.

Pour débuter ce nouveau format, on se penche sur le comics Death: The Time of Your Life. Si vous n’en avez jamais entendu parler, il est utile, pour commencer, de vous expliquer de quoi il s’agit.

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Qu’est-ce que Death: The Time of Your Life ?

couverture de Death: The Time of Your Life

Death: The Time of Your Life est une mini-série en trois numéros publiée chez DC Comics entre avril et juillet 1996. Elle est l’une des multiples séries dérivées de la série de comics best-seller The Sandman, récemment adaptée en série sur Netflix.

A l’instar de The Sandman, Death: The Time of Your Life est une série de comics écrite par Neil Gaiman. L’auteur, qui a certainement atteint un statut de légende dans l’industrie du comics, est la définition même d’un auteur à succès. Il débute dans les comics et, en plus de The Sandman, il connaitra aussi le succès avec des comics tels que Black Orchid chez DC ou encore Marvel 1602 et Eternals chez Marvel. Il est l’un des rares auteurs de comics à avoir non seulement écrit mais aussi connu le succès avec des romans, dont plusieurs ont été adaptés en film ou en série, parmi lesquels Good Omens, Stardust et American Gods.

Sur Death: The Time of Your Life, Neil Gaiman fait équipe avec deux dessinateurs, à savoir Chris Bachalo, un dessinateur canadien qui a aussi dessiné Shade, the Changing Man pour DC et plusieurs séries Marvel autour des X-Men telles que Generation X, Uncanny X-Men et X-Men, et Mark Buckingham, un dessinateur britannique qui aura roulé sa bosse sur des titres comme Shade, the Changing Man également, Hellblazer ou encore The Sandman, mais connaitra surtout le succès grâce à sa série indépendante Fables.

Cette mini-série de comics a été publiée en version française chez Urban Comics au sein du tome Sandman : Death, qui regroupe également une autre mini-série de Death, Death: The High Cost of Living. Vous pouvez retrouver un lien pour vous le procurer en bas de l’article.

Comme son nom l’indique, Death: The Time of Your Life est une aventure de Death, la Mort en français, qui est dans les comics et l’univers de The Sandman l’une des sept Endless en compagnie de Destiny, Desire, Despair, Destruction, Delirium et le héros de The Sandman, Dream. Les Endless sont frères et soeurs et Death est introduite dans la série The Sandman comme la soeur bienveillante de Dream et toujours pleine de conseils, cassant l’image populaire de la Faucheuse.

Toutefois, même si ce comics est une aventure de Death, cette dernière n’est que l’objet qui sert à l’intrigue principale, suivant des êtres humains, parmi lesquels un couple de femmes homosexuelles. Le comics sera notamment acclamé pour cette représentation LGBTQ+, décrochant en 1997 le GLAAD Media Award du meilleur comics pour la première année où la catégorie était compétitive, coiffant au poteau Prime de Gerard Jones et Len Strazewski, The Spectre de John Ostrander et la série multi-primée Love and Rockets des frères Hernandez.


Death: The Time of Your Life : un comics centré sur un couple lesbien


Death: The Time of Your Life a beau inclure le personnage de Death, l’histoire en elle-même se centre davantage sur ceux qui vont la rencontrer. Et si ce comics a sa place dans Comics Out, c’est parce que les protagonistes sont un couple de femmes homosexuelles.

D’un côté, le livre nous introduit d’abord à Foxglove, une jeune femme partie en tournée aux Etats-Unis pour promouvoir son nouvel album. Foxglove est en effet une rock star et, pour le monde entier, elle est une femme sexy, attirante… et hétérosexuelle. Devant cacher son homosexualité au monde entier de peur de perdre son public ou de causer un pseudo-scandale dans les pages des magazines people, Foxglove glisse un mot à son manager en disant qu’elle voudrait faire son coming out lors de la prochaine interview. Son manager lui déconseille, toujours pour les mêmes raisons, tout en disant qu’il s’agit de sa décision au final. L’idée tourne de plus en plus dans la tête de Foxglove, qui est de plus en couple.

De l’autre côté de l’Atlantique, sa compagne Hazel l’attend dans leur maison au Royaume-Uni. Lorsque Foxglove n’est pas en tournée, c’est là qu’elles vivent ensemble, avec le petit Alvie qu’elles ont adopté. De son côté, Hazel n’en a pas grand chose à faire d’être cachée du public de Foxglove, elle s’inquiète surtout de la distance qui commence à s’installer entre elle et Foxglove avec les tournées qui s’enchainent.

Le point déclencheur de l’histoire survient dans la maison. Hazel est dans la maison et un accident survient : Alvie tombe par la fenêtre et s’écrase sur le sol. Bien que celui-ci se relève, indemne, le lecteur comprendra dans les chapitres suivants que Death est intervenue. Alors que celle-ci venait chercher le jeune Alvie pour l’emmener dans l’au-delà, Hazel arrive à passer un marché avec elle : laisser Alvie en vie en échange d’une autre vie.

Dans le même temps, Foxglove est à la limite de la crise existentielle, fatiguée de devoir cacher qui elle est vraiment. Sa tournée promotionnelle prendra un tout autre tournant lorsqu’elle n’arrive plus à joindre Hazel par téléphone. Se rendant compte que Hazel est bien plus importante pour elle que la célébrité, elle décide de plaquer toute la tournée pour rentrer vérifier si tout va bien.

Bien sûr, l’inquiétude était justifiée. Alors que Foxglove arrive à la maison avec son garde du corps et un mannequin qui avait été engagé pour poser comme son petit ami, elle pénètre dans l’espace créé par Death pour la négociation. Boris, le garde du corps de Foxglove, très attaché à elle et ayant promis à son manager, décédé la veille, de prendre soin d’elle, veut offrir à Foxglove la vie qu’elle désire et décide de se sacrifier et de partir avec la faucheuse.

A la suite de cette aventure paranormale, Foxglove a arrêté la musique et vit sa vie paisiblement avec Hazel et Alvie. Pour le couple, tout est bien qui finit bien : la distance a disparu et Foxglove ne doit plus cacher qui elle est. Et elles vivent le meilleur moment de leur vie après avoir frôlé la mort.


Death: The Time of Your Life est-il une bonne représentation de la communauté LGBTQ+ ?


Il est facile de dire que Death: The Time of Your Life est une bonne représentation de la communauté LGBTQ+ quand la mini-série a été primée pour sa représentation (GLAAD Media Award), mais en quoi s’agit-il d’une bonne représentation ?

Tout d’abord, resituons dans l’époque. Les histoires LGBTQ+ dans les comics n’étaient pas encore très nombreuses au moment de la sortie du comics, en 1996. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que sur les cinq années précédentes, seuls deux prix avaient été remis à un comics par le GLAAD et ceux-ci étaient choisis directement par l’organisation, sans en nominer plusieurs. Death: The Time of Your Life était donc un des comics précurseurs au milieu des années 1990.

Non seulement il était donc rare d’avoir une histoire LGBTQ+ dans un comics à l’époque, mais encore plus de l’avoir du début à la fin de l’histoire et comme intrigue principale comme c’est le cas pour The Time of Your Life. Le comics parait résolument moderne dans ce sens et met en avant une relation homosexuelle sans en faire des tonnes. L’intrigue ne concerne pas une découverte de soi, on est là avec deux personnages qui savent et assument leur homosexualité et on suit vraiment l’histoire d’une relation.

L’un des deux thèmes principaux qui sont abordés ici est le fait d’être soi-même en toute circonstance. Ici, Foxglove veut faire son coming out pour arrêter de se cacher car elle est très médiatisée. C’est un problème qui existe encore de nos jours, où certains artistes, acteurs et sportifs n’osent pas ou ne préfèrent pas faire leur coming out de manière publique pour éviter les vagues de haine. Cela peut se comprendre, surtout dans certains domaines comme le football, par exemple. Il est dommage de voir que, près de trente ans après la parution du comics, ce genre de problème existe encore et que tout le monde ne peut pas être soi-même à cause des commentaires des autres. Dans le comics, le problème est davantage mis en avant car le management de Foxglove entretient une image totalement inverse de ce qu’elle est en engageant des faux petits amis pour être vue en public en compagnie d’un homme. On comprend mieux pourquoi Foxglove a envie de s’afficher entière, comme elle est réellement et sans faux-semblants.

L’autre thème présent en fil rouge est l’idée de sacrifice. Certes, quand Boris se sacrifie à la place de Foxglove, on parle littéralement de sacrifice, mais ce n’est pas la seule notion de sacrifice présente dans le livre. Rejoignant le thème ci-dessus, Foxglove sacrifie son bien-être à cause de sa carrière : elle ne peut pas être elle-même et, en plus, elle doit être éloignée pendant longtemps de Hazel et Alvie. Comme le dit si bien la quatrième de couverture de la version originale, “l’amour, comme la vie, nécessite de sacrifier quelque chose”. A nouveau, dans le cadre de l’histoire, on parle d’un sacrifice littéral par amour, mais le sacrifice pour la vie est métaphorique. C’est ce que fait Foxglove à la fin, se rendant compte qu’elle ne pourrait pas avoir les deux : elle sacrifie sa carrière pour être heureuse et vivre avec sa compagne et son fils.

Le plus beau dans ces thèmes, c’est que les leçons qui peuvent en être tirées peuvent être appliquées à n’importe quelle relation, à n’importe quelle vie. Death: The Time of Your Life met en avant une relation homosexuelle, et c’est à travers celle-ci que tout un chacun peut en tirer des leçons, montrant ainsi que cette relation est comme toute autre. Elle est normale, comme chacun est normal à sa manière, et c’est certainement en ça que Death: The Time of Your Life est une excellente représentation.

Sandman : Death par Neil Gaiman et al (Urban Comics)

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